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L'arène des gladiateurs / 5.
J’étais à nouveau une mince feuille de glace fragile, cette fois avalé par la phréatique que je m’étais imaginée, bien naïvement fallait-il croire désormais, elle-même noyée quelque part sous des océans; entièrement inondée, âme et corps, sans pouvoir laisser de témoin de son propre vécu, dans sa propre existence. Je n’étais pas du moule des héros: des courants océaniques me gagnaient et il m’était impossible de savoir si ceux-ci me berçaient dans un sommeil profond ou me réveillaient à grands coups de bruits sourds. Pour le moment du moins. La perspective d’être tiré, avec violence, d'un berceau était celle qui me faisait le plus peur. Mais je n’ai eu aucun mal à rester calme.
J’ai, d’abord, reçu un coup sur le crâne.
Ce n’était pas les dents d’une scie ronde qui venaient de m’hameçonner; j’en étais certain. C’était plutôt de la nature de l'extrémité de la patte d’un félin dont l’extraordinaire vélocité témoignait de ses tout aussi extraordinaires réflexes. Le coup était entré sur moi avec violence. Avec beaucoup de violence. J'avais arrêté, un moment, de penser, mais aussi, me semble-t-il, d'être bercé par l'eau en nuages.
J’avais l’impression qu’une hélice avait dû arrêter sa course et ses vrilles motorisées au contact de mon os sur une de ses pâles. Très subitement, au contact de ce qui aurait pu être un corps mort. Mon os, comme le coup que je reçus, me semblait si rigide et résistant que l’océan et le reste autour de moi me semblaient s’être transformés en nuages d’air et de boues malléables. J’étais plongé dans un environnement suave dont je ne pouvais pas profiter.
En outre, le fort coup que j’avais reçu m’avait étourdi au point de me faire faire quelques petites vrilles jusqu’à des fonds marins d’une étonnante profondeur; du moins, c’est ce que mon esprit entretenait comme pensée durant le temps que durèrent ces vrilles et qu'elles s’étaient rendu maître de moi. Mon esprit était revenu en scène, mais continuait de penser au ralenti, mais aussi à ressentir un manque. J'aurais voulu qu’on me dise qu’il était rassurant de sentir ses pieds, enfin, toucher des sols, enfin devenir des sortes d’ancrages sur des sols; que ceux-ci eussent été marins, profonds, ou autrement, ils devaient bien constituer une forme de terre ferme. Les picotements que je ressentais sous la plante de mes pieds, comme des micros-rebonds et de petites secousses se dissipaient dans tout le bas de mon corps. Bien que j’en doutais, les sensations que mes membres inférieurs éprouvaient me firent croire que j'avais, peut-être, heurté quelque chose d'électrique au fond de cet océan.
Je levais les yeux vers le ciel ouvert, sans bouger le reste de ma boîte crânienne, et je reconnus dès le premier murmure de mon souffle le halo qui pourfendait les nuages d’eaux - et les nuages d'un ciel et les nuages de l'océan qui me couvraient, âme et corps, comme tant de morceaux de duvets accumulant leurs pesanteurs en étant entrainé vers les sous-sols. Le soleil de Milan, de la folie, des pointillés de botanique qui s’accumulent les uns sur les autres jusqu’à ce qu’il ne soit plus jamais possible de respirer tellement le ciel se referme comme une pyramide sur les épaules des uns et des autres.
Et ces pyramides, j'imaginais leur érosion comme tant de poussières asséchées offertes comme destin, aussi bien aux uns qu'aux autres, par les quatre vents. Au milieu des poussières que provoquaient ces multiples phénomènes, une brique, ou une autre, qui se détache du reste de la structure pour tomber sur l’os d’un héros, d’une héroïne, dont on ne connaîtra jamais, sans doute, le grandiose de son destin parce que cette destinée se décharne au même rythme, qu'elle s’assèche, s’érode et se perd entre le désespoir et les des dents des scies rondes. Sous nos yeux ! Notre famille d'abord s'érode, puis c'est toute la communauté et le monde qui suit.
À travers ce hublot, toujours sans m’aider d’un mouvement de la tête, mais en continuant de forcer les lobes de mes yeux toujours vers plus haut, je regardais l’astre maudit. Planté sur son siège. Mon esprit s’était remis à fonctionner à la bonne vitesse, visiblement calmé d’avoir les pieds plantés sur des sols: je me souhaitais - presque - qu’une femme à barbe passe par là et m’hameçonne jusqu’à la surface afin d’éliminer la possibilité de prendre une décision folle qui m’entrainerait à faire un bond jusqu’à l’astre et me travestir. Je ne voulais surtout pas me trahir - même si le seul témoin devait être la bien nommée pourriture sis sur son coin-de-feu sidéral.
Puisqu’il en tenait que de moi, l’astre pourri pouvait bien me laisser sécher sur les sous-sols tectoniques sur lesquels je reposais. Il ne me venait même pas le soupçon d'idée que je me sacrifiais tant la haine que je ressentais à son endroit n'avait d'égal que ma conviction à ne pas aller jusqu'à lui, à ne pas me trahir et me travestir sous ses feux.
Sur ces sols, avec la couche océanique sur les épaules, je n'éprouvais pas non plus de sentiments quant à l'incertitude que j'avais que je n'aurais sans doute plus jamais une meilleure, voire une nouvelle occasion, d’accoster la métallurgique; pas avec des conditions aussi parfaites, de ce il en était absolument certain. La métallurgique, qui déjà trouble tant et qui, pourtant, semble ne jamais se lasser de laisser derrière son art, comme un legs plutôt que comme une œuvre, le manque, le désespoir et la furtivité des manifestations de nos grands troubles. Sur la surface, au milieu des botaniques de folies, le trauma est piétiné, ignoré, mais “mensonge” qu’il est oublié ! Jamais ! Plutôt les fous que les ennemis et les larves: c’est ce que le Héros nous a dévoilé en deux mots, pendant que le mensonge continue de s’étendre depuis toujours sous les jougs de l’astre innommable. Rendu innommable depuis que le Héros a pris chairs, corps et temps avec sa destinée héroïque. Son destin, si grand !
Alors qu’un doute flottait, sans vouloir chercher à faire de l’humour avec mes mots, tout autour de mon os, quant à la relative proximité et au relatif éloignement que j’entretenais avec le maudit, j’avais été ragaillardi à la seule pensée, fût-ce telle brève, du Héros.
L’astre me faisait un pied de nez, sans doute, mais il ne cherchait pas à me faire souffrir: se pouvait-il que tout ce temps, il n’ait pas été l’ennemi qu’on connaît ? Ne pouvait-il pas avoir été lui-même floué dans quelques méandres jusqu’au point où il lui aurait été impossible de ne pas se présenter comme l’ennemi, l’ennemi depuis toujours ?
Non.
Piège ! Non, c’est ce doute, insidieux, s’il en est un, qui est particulièrement dangereux: ce doute qui se présente toujours comme une détente, difficile à ignorer, au désespoir. Ce doute, c’est celui qui a mené les autres, tous les autres, à être submergé, impuissant, par lui et sa lumière-mensonge, sa lumière-travestie, soumit à son éclairage-mauvais jusqu’à devoir se déclarer ennemis. Tous, justement, se sont déclarés ennemis après avoir profité de la détente que permettait ce doute: le soleil est bel et bien l’ennemi, de tous les temps, depuis toujours.
Je savais qu’il était trop tard pour eux et elles; aussi je me réjouis d'avoir personne à peindre sur la rétine de mes yeux ou imaginer vandaliser les idées et sentiments entretenus dans mon os à ce moment, et qui, d'un moment à l'autre se serait déclaré, misérablement, "mensonge" ! Et, pis peut-être, alimenter en moi la haine et le dégout unique que l'on peut éprouver lorsque, questionné sur soi-même, on se frôle ou trébuche d'avoir été mensonges, ennemi, larve parce qu'on avait craint une folie des botaniques.
Bien loin des jardins, des cimetières également, je m’endormis paisiblement en réfléchissant à l’océan comme une couverture géante qui m’embrassait et je m’émerveillais de ne jamais avoir rêvé, même, de tant de confort. Jamais, non plus, je n’avais été aussi loin d’être un ennemi, j’en avais la conviction très forte. Amis.
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L'arène des gladiateurs / 6.
De tous les saints, de toutes les églises. De toutes les communautés vivantes ou mortes, et leurs cultures, depuis les millésimes des millésimes.
La bouffée d’air qui avait prise d’assaut l’ouverture à paroles de mon masque, avant d’envahir tout entier mon corps, avait à ce point pris possession de mon être, lui aussi entièrement, que j’avais été projeté à d’énormes distances des fonds marins et des plaques tectoniques qui patinaient tout autour de moi, de mon sommeil, de ma paralysie. Ces sous-sols qui me servaient de berceau aussi bien que de tombeau me donnaient l’impression d’être déjà à des lieues et des lieues de la chaleur fade et rocailleuse, mais constante, qu’ils me procuraient.
Des lieues et des lieues desquelles je continuais de m’éloigner, régurgité d’une seule vague par les mêmes courants qui m’avaient avalé plus tôt.
Déchu de mes espoirs - si j’en entretenais - et retourné bredouille, ou peu s’en faut, dans l’antre que j’avais quitté - pourtant - à regret.
Mon dépit avait sans doute plus avoir avec la déception que je ressentais que l’impuissance qui me caractérisait dans ma défaite. Le derrière de mon crâne s'embrouillait, à essayer de comprendre comment il m’était possible d’être aussi déçu de revenir à mon point de départ, alors que j’avais éprouvé, si profondément, l’horreur en quittant, ou en étant arraché devrais-je plutôt dire de ce même antre.
Je refusais à mon os, par quelques prières improvisées, le loisir de s’embrouiller totalement: je me devais de garder foi en un semblant de cap. Cette brume et ces poussières d’esprit, de toute manière, n’étaient pas à blâmer pour le rongement moins soudain qu’il n’y paraissait que je ressentais: comme si j’avais pressenti toute ma vie durant que de petits denticules voudraient rendre aveugle l’entièreté de mon esprit et que le reste de mon corps savait comment parer à la situation, limiter les dégâts, et peut-être même survivre.
L’os a parfois des capacités extraordinaires.
Je réalisais, assez soudain, qu’il me fallait prendre un autre souffle, une autre bouffée d’air pour enfin éteindre l’embrasement que je ressentais tout autour de mon crâne. Ma cervelle-geyser ne pouvait m’être d’aucun secours. Inspirer, coute que coute, me sembla la chose à faire, la chose primordiale à réaliser, la décision qui repousserait toutes les autres d’un temps au moins, l’action à partir de laquelle quelques suites, quelques miracles ou désastres s'entraineraient inéluctablement, les uns les autres; comme un nouveau destin qui apparaitrait, à la manière d’une soucoupe volante, sur une voie ferrée et qui tisserait avec sa locomotive une nouvelle histoire, une histoire avec un grand H, un nouveau fil d’Ariane, à vitesse grand V du temps: l’histoire avec le grand V du temps, telle que le Héros nous l’avait annoncé.
Le futur, maintenant, celui tout immédiat, celui qui s’ouvrait à moi comme j’ouvrais le bas de mon masque. L’air que je tirais alimentait maintenant tout mon corps comme une viande abondamment rouge. Je me levais de terre en pensant “matière vivante”. Je fis quelques pas, plus ou moins vers le centre de l’antre, puis le dit avec conviction, ferveur et sauvagerie :
- « Matière vivante ! »
Son empreinte était sur moi, était greffée sur ma peau pour ainsi dire, et pourtant continuait de naître, nouveau et inlassablement dans mon sein: elle suintait de moi et, avec une très grande facilité, j’aspergeais de cette matière toutes les parois de la grotte, pas seulement celles qui se trouvaient dans ma proximité immédiate.
Je tournais sur moi-même, un tourniquet à la fois, sans m’étourdir en sachant que je ne menais pas seulement un combat contre la suie qui m’avait distrait, mais contre tout l’antre qui m’abritait. Il n’y avait à mon esprit plus aucun doute que je n’aurais jamais nécessité aucun refuge - si ce n’était de l’astre travesti. Le même que j’avais regardé, sans broncher depuis les fonds océaniques, à l’instant.
La brouille que j’avais, avec une certaine peine, réussi enfin à dissiper complètement était fondée sur la déception, mais sur des sentiments d’horreurs également parce qu’elle se présentait par groupes de ressentis trop pressés d’exister simultanément. Je ne voulais pas être possédé, et j’étais soulagé de m’être épargné cet écueil.
Je n’avais pas non plus retrouvé la quiétude parfaite, une quiétude qui se serait apparentée à celle qui m’enveloppait lorsque je m’étais endormi dans les sous-sols marins. Mais je me satisfaisais pleinement d’être calme et je pouvais sentir mon corps se soulever à chacune des profondes respirations que je prenais et qui demeuraient bien seules, avec peut-être quelques bribes d’idées, à m’animer dans l’ordre du vivant.
Par exemple, je me questionnais encore plus sur mon dédain pour la grotte que pour l’attachement émotionnel que j’éprouvais pour elle; ou bien, pourquoi soudainement ma lutte contre la suie faisait tellement de sens à mon esprit, moi, qui, il y avait si peu, percevait celle-ci comme une distraction insipide de la pire nature ?
Au contraire de tout ce que j’avais pensé, réfléchi, souhaité et espéré, rêvé aussi même sans doute, j’allais me servir de mon crâne comme s’il était un bélier, non pas pour m’enfoncer plus en avant et laisser les meurtrissures profondes se rencontrer en catastrophe dans le bain de mes vallons et sillons, mais plutôt pour me créer un espace à partir duquel je pourrais ressortir de l’antre… la tête… les membres, l’os, le masque, et puis tout le reste.
Pourquoi ? Prolepse ?
Tous ces temps, qu’il me semblait avoir occupés à chercher avec pleine intention la prolepse qui m’avait conduit jusqu’ici… j’étais même prêt, par moments, à me contenter de quelques fragments de plus. Quelques fragments épars, même, s’il le fallait, m’auraient pleinement satisfait, n'auraient pas saboté ma volonté, ou si je puis dire, mes absolues intentions à ce sujet. Tous ces temps, donc, m’avait laissé l’impression que quelque chose de loyal m’attendait, en suspension, dans un de ces temps, ou dans un autre, et maintenant était prêt à me revenir sous des formes extrêmement légères, en particulier par opposition à ce qu’elles avaient pu êtres auparavant, voire sous des formes d’impatiences illuminées d’une manière qui rappelaient les voies d’un quartier de prostituées de rue, remplies d’électricité rose-néon, qui risque de chatouiller plus que d’électrocuter. Qu'on se risquerait à frôler sans considérer qu'il soit particulièrement imprudent de le faire. En somme, ces impressions, ces fragments de souvenirs qui semblaient si bien coïncider avec mon intention, m’étaient facilement perceptibles, avec les sens - je n’avais pas à les deviner - et titillaient tant mon esprit que ma cervelle-geyser. Il s’agissait d’impressions discernables dans leurs emboîtements en lots. Elles venaient du passé - j’en étais certain - et je n’étais pas un visiteur du futur, j’en avais également la certitude. Prolepse ? Prolepses, « oui, peut-être bien, » me dis-je. Mais une d’entre elles n’est pas sacrée, ne peut pas être sacrée et, même, qu’elle ne peut pas jamais avoir été sacrée. Je m'apprêtais à fracasser mon os, quand un souffle me rappela que j’étais à un instant, un mouvement, dans cette action même, d’être si fort que je pourrais rendre au soleil le pied de nez qu’il m’avait fait en s’affichant, serein, par delà les eaux qui me couvraient tête et pieds, jusqu’aux grands morceaux de la lithosphère marine et des soudures éternelles, élégantes comme des lames à patiner. Cette fois-ci, je n’avais plus la couverture marine, mais j’étais fort: « qu’il me brûle, qu’il érode mes chairs, mes os et mon sang! Des siècles qu’il essaie d’assécher le Sahara et pourtant matière vivante subsiste, et pourtant Sahara est toujours bien rouge de la matière vivante… » En frottant mon os sur la paroi qui se trouvait immédiatement au-dessus de moi, je laissais une seule idée derrière moi: je me suis joué de quelqu’un, quelque part, par ce détour dans les fonds marins. Je laissais traîner derrière moi cette pensée parce que je savais qu’elle me rendrait inutilement triste; altéré, pour ainsi dire. Je décharnais le dessus de mon crâne en prenant un soin jaloux à ne pas me provoquer de fractures qui ne seraient pas “pensées” ou “réfléchies”... explicables autrement que comme le résultat d’une maladresse ou d’un aléa hasardeux quelconque. J’étais satisfait d’entendre et de sentir mon masque se déchirer par l’ouverture qui grandissait au-dessus de ma tête: je m’étais peut-être fait quelques grafignes sur l’os, mais rien qui aurait pu m'inquiéter, ni même me faire hésiter. D’autres raisons de me satisfaire s’ajoutèrent à mon bonheur, également, lorsque je découvris que je nécessiterais assez peu d’efforts, somme toute, pour sortir un de mes bras, puis l’autre, de l’antre. J’avais, pour ainsi dire à nouveau, le haut du corps au soleil et l’effet de levier que j’exerçais maintenant avec le haut de mon corps pour m’extirper complètement de l’antre me faisait ressentir différemment les chairs dont s'étaient, maintenant, le tour de se retourner les unes après les autres sous l’effet de la friction avec les matières minérales. Durant ces temps, j’avais eu assez peu de considérations pour l’astre: non pas que mon évasion nécessitait plus qu’il ne fallait mon attention, mais avec dédain et orgueil j’avais fait le choix de l’ignorer abruptement. J’étais satisfait d’avoir ainsi incarné mon absolue intention en l’absence de tous, y compris de l’astre maudit. J’étais maintenant tout fier d’afficher un corps complètement décharné à sa lumière-traître: « voici, mon nouveau corps décharné: assèche et érode-moi, travesti ! » lançais-je avec le secours de mes poumons, de mon diaphragme, mais aussi d’une habileté assez surprenante à ouvrir ma cage thoracique afin que celle-ci puisse servir de chambre à échos aux souffles que je donnais au monde. L’ouverture de mes côtes me ragaillardit et avant de laisser tomber les épaules et d’expirer, j’ajoutai dans toutes les directions:
- « Astre maudit: si grand le destin qui m’attend, si grand ! »
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L'arène des gladiateurs / 7.
Au milieu de mes troubles pensés qui roulaient et grondaient, j’éprouvais une certaine gêne à me souvenir d’une prolepse où je me serais dandiné le cul devant ce luminaire corrompu. Je me trouvais immature d’avoir pris ce plaisir en plongeant, en bélier, ma tête pour créer l’ouverture originale.
Maintenant ragaillardi de corps, d’esprit, d’âme, j’entreprenais avec sérieux de glisser mon os nouvellement décharné dans la nouvelle ouverture pour y crier quelque chose : “souffrance”, je me croyais bien être sur le point de le dire, de le crier, de le mourir du souffle du corps d’une façon ou d’une autre.
Or, comme à mon éveil, lors de mon retour précipité des fonds marins, seuls les sons et syllabes “sar-co-phages” réussirent à se répudier de mon être pour gagner l’espace sonore et physique dans lequel j’avais plongé l’os, la tête, le crâne, ses fractures en sillons, en vallons, et aussi, nul doute, un composant du temps. Le temps et ses désespoirs. Et ses miettes de destin rejetées comme on le fait pour la pourriture d’un fruit autrement impeccable.
Je ne voulais pas subir les morsures, tiraillements et déchirements que les minéraux autour de mon tronc, maintenant, plongé vers l’avant presque entièrement, coupaient dans mes chairs retournées, déjà égratignées et parfois même transformées en assez lourds lambeaux durant mon évasion.
Je ne voulais pas que ces petites dents de pierre me dévorent, au risque de disparaître en esquilles.
Je voulais que ces pierres et les autres minéraux tout autour de moi s’imbibent de mon sang, de la matière dont regorgeaient généreusement toutes mes chairs toutes retournées, dans un processus d'irrigation sans fin et éternel.
- « Désespoir ! Soit maudit Balasa ! Le Sahara est une glaise ! »
Le Sahara est une glaise, une couleur, une émotion, mais mon socle est de terre ferme :
- « Mon socle est de terre ferme et porte les fractures sur ses épaules, et bien au-delà des ciels ouverts, pas sous ses pieds dans des aveugles profondeurs ! »
J’étais la glaise d’un Sahara rendu monstrueux plutôt qu’orange, rouge et sourd. Et j’invitais Balasa à se dévoiler comme l’astre-travesti et, pour me tenir en vie, encore longtemps, j’horripilais à l’idée que la phréatique ou d’autres courants marins, voire vagues océaniques viennent se frapper sur moi et que ces coups pourraient m’éteindre, pourraient m'étreindre, pourraient m’amener, m’arrêter: j’étais si fort, j’étais si fort à ce point.
Si je devais me noyer; si tout devait se terminer, mort dans les subterfuges de noyades, alors c’est l’astre maudit qui devrait s’en charger - pas nos océans du monde, plutôt le travesti du firmament ! M’entends-tu Héros ? Qu’il m’érode le temps, le soleil avec les larves, les ennemis.
- « M’entends-tu Héros ? M’entends-tu ? Ma noyade doit venir des cieux! »
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