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Chelsea Hotel / 5.
- « Il m’a dit que je m’appellerais Amérique insouciante, » dit-elle après avoir pensé brièvement.
Immédiatement, le visage de l’employée devenu tout blanc, comme si elle avait cessé de douter et qu'elle témoignait maintenant de toute la gravité de la situation.
- « L’as-tu cru ? » lui demanda alors l’autre employé, plus pensif, et comme affairé à fouiller les vêtements accrochés devant lui, sans trop de convictions.
Je savais qu’il me restait beaucoup à accomplir dans le noir du temps: je voulais toutefois aider ma nouvelle amie, mais sans risquer de m’imposer. Elle laissa passer une poudreuse de sang dans ma tête qu’elle refusait pour elle-même, mais qu’elle savait que j’aimerais. Je croyais bien être en moyen d’ouvrer ce Sahara qu’elle m’offrait ainsi, en matière utile.
Je me suis souvenu du temps que j’avais passé dans le mur de la pièce et en suis venu à la conclusion qu’il valait mieux que je laisse le Sahara, à ma place dans le lit, et que je retourne au mur. Le cerveau n’est pas un crâne: il est l’océan geyser qui siphonne les bas, si profondément, qu’il arrive à noyer les sols lorsqu’il asperge les cieux. Le Sahara que je laissais, à ma place, dans le lit, pourrait enfanter; cependant, que je n’interviendrais pas.
- « Tu sais qu’il voudra des réponses, » dit l’employé à Amérique insouciante en lui tendant un chandail moleté rose, sur lequel ce trouvait l'imprimé, depuis la couture du bas, d'un arbre de vie, avec ses racines sous-jacentes. Plus à l’écart, sur le cœur, se trouvait un autre imprimé, celui d’une épingle à couche.
La teinte, la chrominance et la valeur du rose retenues pour le moleté avaient été obtenues à partir d'une méthodologie hautement sophistiquée.
Après avoir retenu, dans un premier temps, un rose, basé sur un algorithme informatique inspiré par les mœurs contemporaines des réseaux sociaux populaires, le couple propriétaire de la boutique avait fait construire une boite en bois, dont chacune des douze arêtes était recouverte d'une bande en argent 925 fixée avec six boulons de cuivre chacune.
Les six pans étaient tous identiques: unis et fait de bois traité verni de couleur espresso à l'exception d'un des pans au cœur duquel on avait percé un trou environ grand comme quatre des mes points de circonférence. Avec amusement salace, ce trou, comme la boite elle-même était référencée comme le "glory hole" de la boutique: par l'ouverture, on glissa deux poches d'encres, une rouge et une blanche, que l'on pressa avec minutie le temps que le sentiment gagne une parfaite synergie avec l'émotion qui prévalait au moment où Marina Ovsiannikova, a prononcé son "Нет войне !" derrière sa collègue Ekaterina Andreïeva, à l'hiver 2022.
La couleur rose ainsi tirée de l'acte de création offrait, parait-il, une évocation encore plus fidèle que la couleur originale elle-même du cœur rose imprimé sur le chandail blanc de la cheffe d'antenne au moment critique. Le premier rose, obtenu par algorithme informatique, est, paraît-il, perdu quelque part...
Amérique insouciante, quant à elle, avait beaucoup de peine à cacher à quel point elle trouvait, dans l'ensemble, le moleté absolument affreux.
- « Je vais t’habiller comme tu le réclames, » lança l’employée pendant qu’Amérique insouciante enfilait le chandail jusqu’à son sexe, resté nu.
S’approchant d’Amérique insouciante pour ajuster les épaules, l’employé précautionneux, lui dit près de l’oreille : « ce n’est pas une épingle à couche, c’est un Sahara qu’il y a ici. »
Ignorant l’employé qui, par ailleurs, semblait avoir terminé d’ajuster les épaules du chandail à coups de petites pincées sur chacune d’elles, Amérique insouciante fixa son attention sur l’employée qui approchait d’elle. Les deux, elle et Amérique insouciante fermèrent chacune un poing avant de poser leurs poings ainsi fermés derrière leurs dos.
- « Je crois que je vais maintenant vous laisser toutes les deux, » dit l’employé en quittant la pièce pour l’arrière-boutique.
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Chelsea Hotel / 6.
Brièvement, comme pour vivre le temps de souffler, je me demandai si elle était intentionnée de me faire glisser dans la fracture.
Pour ma part, je devais d’abord décider si j’étais au lit ou si j’étais dans le mur.
Son âme est mille morceaux: on dirait des méduses qui vont leur chemin, de part et d’autre, pour éclater comme les bulles d'un champagne à la vitre de mes yeux.
- « Tu aurais pu l’apprécier, » entendit-elle d’un côté, avant de se déterminer à avancer avec aplomb: « oh, mais je l’apprécie, ne t’inquiète pas. Je l’apprécie, je l’apprécie, mais tu es là, où est donc mon choix? »
« Entre dans mon sexe, » me dirent les chairs couleur Sahara qui se trouvaient, comme une glaise, dans le lit. Je sus, dès lors, que j’étais toujours à faire le guet dans le mur parce qu’autrement je n’aurais pas eu une perspective d’aplomb sur le lit. J’entendis, ce qui me semblait être, l’écho d’un verre que j’avais du casser plus tôt: cette distraction fut suffisante pour me replonger dans le noir du temps.
- « Maintenant que tu es libre du buste, tu pourras vivre ce que tu es venu chercher ou accomplir, » me crus-je souffler ou penser.
En ouvrant les yeux, je fus surpris de voir le Sahara par-dessus moi. J’avais cru retourner au lit comme si je m’y étais plongé, tête première, un peu comme si j’avais été déterminé à regarder sous le matelas; que ce soit pour y trouver quelques démons ou pour me cacher d’eux, je ne savais pas. Peut-être cherchais-je simplement à me noyer sur ou dans le matelas. Mais devant les yeux, je n’avais que le Sahara pour voiler le plafond. D’où elle se trouvait, Amérique insouciante, ouvrit aussi ses yeux:
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Chelsea Hotel / 7.
Vous vous souvenez de la lumière bleutée ?
Je crois que je vous avais raconté comment un filet de lumière continuait de pénétrer dans la chambre pour venir se poser et danser, pour ainsi dire, sur les seins dénudés de ma nouvelle amie ? Une lueur améthyste, je crois que ce sont les mots justes que j’avais employés. Une lueur améthyste qui parvenait jusqu’à l’intérieur de la chambre, depuis un des côtés du rideau, pour tomber sur le dessus de ses seins emportés par le mouvement calme qu’elle avait adopté pour retirer ses bas ou ses sous-vêtements, je ne me souviens plus exactement.
Et bien je me précipitai sur ces rideaux, d’un coup, d’un élan, comme si ma propre vie en dépendait - soudainement débarassé des doutes que j’avais eus à jauger, des hésitations que je ressentais à lui dire qu’il ne s’agissait ni de passants, ni de figurants: c'était vous, c'était les visiteurs du futur! Elle devait le savoir, je devais lui dire.
Une fois derrière les rideaux, face à la fenêtre, le visage vraiment tout près de la fenêtre, j’entrepris de cogner de toutes mes forces, les bras grands ouverts par-dessus ma tête. Au contact de mes poings, la vitre se fracassa en mille morceaux - un peu comme dans ces films qui veulent nous faire interpréter qu’un miroir en éclats peut avoir un sens profond. De coup, j’ai crié, de toutes mes forces:
- « Ni des passants ni des figurants, chérie! Au contraire, ce sont des visiteurs du futur ! »
Je n’eus pas le temps de compléter ma satisfaction proprement et de jouir du courage ou de la fierté qui aurait dû me soulever au moment où je finis mon exclamation parce que je sentis trembler d’abord les murs de la chambre - comme si la chambre était soudainement battue par le vent jusqu’au centre de l’hôtel, à quelques distances du sol où j’avais pourtant fermement planté les pieds, une seconde auparavant.
Je n’eus pas, non plus, le temps, d’éprouver de peurs à l’idée d’avoir ainsi échappé le mot “chérie” dans ma tirade. J'étais animé d'une telle force, que j'aurais pu soulever la chambre en entier, torse nu, musclé, comme Conan le Barbare (et j’en passe) et me servir de la chambre comme d’une scie ronde et, enfin, entreprendre de couper le ciel jusqu’à son os, détruire l’astre qui se trouvait derrière ces cieux pour tous et toutes, continuer de charcuter sur mon chemin tout ce que j’y trouverais jusqu’à ce que je puisse garantir à ma nouvelle amie une étoile fait pour elle et pour elle seulement.
En lieu de quoi, l’hôtel bougeait jusqu’au milieu de la rue, donnant une secousse inattendue à la chambre que je continuais d’occuper. Les murs de l’hôtel s’éventrèrent sous le soleil et, impuissant, j’assistais à l’apparition d’une sorte de latex qui coulait jusqu’à moi et dont je devinais la dynamique capable d'éminemment me rattraper pour m’envelopper intégralement de la substance incessamment. Sous l’action de l’astre maudit, le latex pris colle, sécha sur moi comme une camisole de force qu’un tailleur aurait pris soin de me concevoir avec minutie.
Mes mouvements ainsi contraints, je pus écouter ma nouvelle amie comme une scène de sa création, une scène propre à elle où mon atelier n’aurait pas été sollicité, pas du tout:
- « Il faut que tu t’imagine: de ce côté, des bustes, leurs socles, du champagne et une âme, à la suite les uns de l’autre, à la suite un par-dessus l’autre aussi. De l’autre côté, la même chose: des bustes qui défilent à la suite de leurs socles, du transparent fait de bulles qui remontent jusqu’à la surface, et op!, une âme qui reste, qui demeure. Partout, à la suite - de ce côté, mais aussi de ce côté. »
Je me sentais mal de ressentir le besoin de regarder vers le haut pour y trouver un trou qui aurait rendu possible mon évasion, comme les femmes à barbe et, indifféremment, leurs gibiers naïfs se seraient empressés de faire.
- « Rien ne devrait être plus précieux que cette âme, » répondit-elle avec une certaine assurance à mon silence.
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Chelsea Hotel / 8.1
- « Pourquoi refuses-tu de glisser jusqu’à la fracture, » ma nouvelle amie me demanda-t-elle, curieuse, coquette ?
Le latex continuait de sécher sur moi, incapable de se défaire de ces mailles, pendant que l’astre plombait sur tout mon corps. Prisonnier, je repris un peu d’espoir en voyant des morceaux séchés à outrance tomber sur le sol comme des maladies de la peau. Ma prison avait toutefois l’avantage de m’offrir la solitude dont j’avais besoin, sur le moment: personne n’avait pu remarquer, en somme, que l’étincelle d’espoir qui naissait en moi, de me libérer, dépendait de l’astre qui se séchait sur moi. L’astre maudit de tout temps, depuis le début des temps.
Après s’être accroupie, agace, Amérique insouciante se souffla jusqu’à moi. Je crus d’abord qu’elle m’avait fait parvenir une poudreuse de Sahara, bien que ce qui arriva jusqu’à moi ne me passa pas par le crâne. Peut-être une glaise, me dis-je, mais c’était différent de ce que j’avais eu l’occasion d’expérimenter dans le lit, plus tôt.
- « Qu’est-ce que c’est ? »
La posture que je m’étais donnée avant d’être fait prisonnier du latex, à mi-chemin entre un Frankenstein aux réflexes récalcitrants et l'abondante lourdeur musculaire de Conan le barbare, m’empêcha de faire mon drôle comme je l’entendais et de passer pour l’histrion que pourtant je me promettais de ne jamais devenir:
- « De la poudreuse de Sahara ! »
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Chelsea Hotel / 8.2
Le destin se manifestait comme une balle de laine qui se déroule ! Que dis-je:
- « Le destin - l’histoire avec le grand V du temps ! Si grand ! N’est-ce pas ? »
Mais attendez, encore; il y a plus:
Mais elle ! D’où elle était, il faut s’imaginer une enjambée géante: des jambes longues comme la 7e avenue, elle-même, qui devaient s’étendre depuis l’East River et s’être déroulées tout le long de la 23e. Mais elle ! Il faut s’imaginer qu’elle bondit et se déplaça non pas de kilomètres, mais de lustres et de lustres de temps ! Il faut croire aux verges et aux verges de dentelles de silence, couleur blanc de blanc, et de plages infinies soufflées de leurs matières pour pouvoir et s’imaginer la scène et s’imaginer l’art du socle qu’elle avait fait parvenir jusqu’à moi.
Le choc, la surprise, viendra peut-être jusqu’à vous, aussi: souvenez-vous que nous avons sans doute partagé ce socle, elle et moi, au moins un temps, et que mon Frankenstein aux réflexes déjà récalcitrants était également tout empiété dans sa camisole de latex - j’en étais réduit, souvenez-vous, à avoir espoir en l’astre qui depuis toujours, à failli à tous ! Moi le héros de cette histoire, moi votre espoir pour une digne destinée illuminée de vérités, et de vérités et d’encore de vérités, plutôt que de miettes, de mensonges, et de prisons de miettes et de mensonges.
Fermer les yeux, si vous êtes inquiets !
Fermer les yeux sur la base en jarretelles qui devait me tenir haut, m’élever, comme vous avez su fermer les yeux lorsque j’ai cru que l’astre serait d’un quelconque secours. Un temps au moins: puis, voyez combien la lourdeur des muscles, y compris des pistons qui contrôlent le geyser de la cervelle, avait été nécessitée, après tout, pour que tombe toute cette dentelle, pour que soit tissé et ouvré tout ce matériel en un seul - un seul et beau et parfait socle ! Socle, qui je vous le rappelle, qu’et ma nouvelle amie et moi avons partagé, nul doute, au moins un temps. Par un jeu de substitution, par un jeu de magie, par un destin inaltérable !
Nous étions dans une histoire fantastique. Il fallait en rendre compte.
Elle m’avait émerveillé. Vous deviez participer à ce partage et être à même d’en témoigner… si la situation l'exigeait ou si votre cœur vous le disait, ou si votre esprit en demandait.
Je repris sur moi: emballé, maintenant, par la réminiscence de mon dithyrambe histrionique: “ait foi ! Je vivrai peut-être moi aussi !” - “la matière vivante sort de ta bouche !” - “es-tu pour vraie ?”
Peut-être s’apprêtait-elle à être déçue de convenir avec moi que je n’étais pas magique. Toutefois, je me rassurais de ne pas avoir perdu la face. Toutefois, maintenant, il était l’heure de revenir à des choses plus sérieuses. J’étais enthousiasmé que la scène ait pu l’amuser; qu’elle avait pu me trouver drôle. Et je n’avais aucune envie de quitter le socle qui me tenait haut. Je lui tournai toutefois un peu le dos, à reculons, pour ainsi dire, parce que j’espérais qu’elle m’invite à rester plus longtemps sur le socle.
- « Profite du socle pour faire la métallurgie que tu nécessites. »
« Ahhh ! » Souffrais-je, un temps. Puis, j’ajoutai, piteux d’être aussi dramatique :
- « Souffle-moi hors d’ici ! »
« Ahhh ! » Mourrais-je de souffrir. Un temps… Puis, j’ajoutai, décontenancé, déçu, frustré:
- « Tu crois qu’un crayon et un bout de papier suffiront à sauver une âme ? Ce ne sera pas la mienne, ça, c’est certain - non, pas la mienne. »
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Chelsea Hotel / 9.
Mais aussi d’autres traits détestables se tiraient sur moi pour me torturer l’image. Je me pris à rêver qu’elle me découvrait ainsi, sous ce jour, et ressentis les douleurs liées aux échecs dans tout mon corps: comme des dominos qui tombaient, je passais en esprit combien ces échecs signifiaient pour moi la faillite absolue de la mise en scène que je souhaitais, pourtant - que j’avais souhaité, pourtant, si ardemment authentique. Or, je n’étais ni tricheur ni traître. Je nécessitais toutefois de la remplacer.
Imaginez - partagez même, si vous voulez -, mon complet désarroi à l’idée qu’après avoir demandé, requis, nécessité la foi de ma nouvelle amie, celle-ci me découvre traître, tricheur, manipulateur. Je voulais parer à la possibilité de souffrir ces douleurs, alors je cauchemardai d’être pris sur le fait et d’avoir très peu de temps ou d’idées pour pondre une fable qui expliquerait en quoi j’avais nécessité de la remplacer.
J’étais prêt, presque prêt, à pourfendre l’image qui me faisait souffrir: mon cauchemar me plaçait maintenant dans la peau de celui qui sait se convaincre de trahir, parce que ses trahisons seraient, en retour, de véritables manifestations vivantes des trahisons qu’il avait lui-même subies. Et surtout, de l’intensité des ressentis avec laquelle ces trahisons avaient dû s’emparer de moi pour meurtrir jusqu’aux derniers de mes organes et jusqu’à la dernière lueur d’esprit que mon âme avait pu reconnaître.
Je nécessitais de la remplacer.
Au moins pendant un temps: je savais aussi que je ne me fourbais pas. Que mon intention et mes actions ne m’empêtreraient pas dans un tissu mensongé, détestable, de bas-étage.
J’avais l’idée claire: la seule fable qui pouvait en être était celle où je nécessitais de la remplacer parce qu’elle-même avait dû, forcément, se substituer à une autre. Du moins dans mon esprit - concrètement, aussi, plus j’avançais sur cette voie, plus je sentais me rapprocher du but; j’allais vaincre. Ma mise en scène ne serait pas un échec. Encore moins, le retentissant échec que j’appréhendais avec toutes ces cicatrices qui entraient en moi pour m’annexer jusqu’à la fin des temps: tricheur, traître, menteur, etc. Véhicule du mensonge ! Trop de cicatrices, toutes trop lourdes, à porter qui se seraient manifestées d'un seul coup pour qu'il me soit possible de possible ma destinée héroïque sans d'abord faire une ré-évaluation minutieuse de l'état des lieux; ce que je n'avais pas du tout envie de faire. p
Fut-ce - et, je vous prie de me crois, il ne s’agit pas là d’un manège de l’esprit tellement sophistiqué -, fut-ce donc, par moi-même, le temps que j’empruntai son socle ou le temps que je le libère, il y aurait un avant et un après, une substitution dans les règles, et me voici, me voilà; amis, visiteurs du futur, je m’étais substitué au caléchier ! J’avais réalisé toutes mes promesses et accompli toutes les prouesses auxquelles je devais impérativement faire face. Je lui avais prouvé que je la connaissais déjà;
- « Ne lui ai-je pas prouvé que je la connaissais déjà ? »
J’avais fait d’elle une fauve capable d’habiter la violence et d’être la violence du monde !
- « Qu’est-ce que j’aurais pu vouloir de plus ? »
Sa présence, son organe, oui, bien sûr, nul doute. Mais n’étais-je pas un héros ? Et un héros ne doit-il pas faire abstraction du menu détail pour chevaucher le destin héroïque, plutôt que de risquer l’embourbement et faire attendre la destinée ?
- « Tu me connais déjà. »
J’eus un doute. J’eus très envie de retenir la précipitation qui m’envoyait comme un boulet de canon vers la bouche de ces mots. Je ne me souviens plus si je m’approchai d’elle physiquement ou si je cherchai seulement à lui faire ressentir l’imminence de mon rapprochement, sur la pointe des orteils vers la fleur de son oreille que je devinais assez proche de ses mots.
- « Ne sois pas gêné de penser à moi. Tu sais que je t’aime. »
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