La fenêtre-guillotine


 
 
La fenêtre-guillotine / 1.


Les bâtons de bambous frappaient sur mes jambes depuis mes chevilles jusqu’à mes hanches. Le bouquet de branches, toutes étonnamment très droites, malgré leur composition strictement organique, comptait une dizaine d’unités et semblait tenir ensemble par l'action d'une main invisible. Invisible ou autrement mystérieuse, cette main était certainement animée d'une intention puisque ce grand éventail s'abattait avec rythme et régularité et précision sur mes articulations inférieures.

Sans ouvrir véritablement les yeux, je réussis à exposer la pellicule rétinienne qui se trouve dans les confins de ma boite crânienne à un peu de lumières. Juste assez pour me rendre compte que j’étais, à l’image d’une petite mare, tout près de ce qui devait être une pierre de sarcophage. Conclusion à laquelle je suis venu rapidement, compte tenu de l’espace que cette grosse pierre occupait sur les sols du monde.

J’ai bougé la tête dans un sens, puis dans l’autre, avant de me décider à m'imposer quelques violences en me frappant le derrière du crâne sur les sols. Une ou deux fois. Je voulais m'assurer que, cette fois-ci, je ne m'étais pas retrouvé avec une échelle de Jaboc pour me briser le cou ou pour m'entrainer, l'échelle et moi, béatement, dans un sable mouvant.

Par-dessus mes orteils, à - très exactement - un lieu de moi, je percevais les plantes poussées: un arbre à la fois - mon Dieu ! Avec des troncs, certes bien plus denses que les bâtons de bambou qui me frappaient, mais à peine plus larges que l'éventail qui continuait de s'abattre sur mes membres inférieurs. Les sons que les morceaux de végétations émettaient au contact de mon corps et dans les élans aériens qui leur procuraient une certaine vélocité étaient difficiles à décrire: un primitivisme végétal ? Dans tous les cas, un rythme brusque et sèche et une musicalité paisible envahissait l'espace que j'occupais et, il me semble bien également, l'environnement tout entier, jusqu'au moins le début du mur de végétaux qui continuait de poindre à un lieu de moi.

Il ne me faisait aucun doute qu’un antre, une tanière, une réserve, une caverne… un château fort, même ! - devait m’attendre quelque part dans ce paysage naissant au rythme où mon imagination, maintenant totalement exaltée, faisait pousser en mon buste et cœur ces châteaux, ces cavernes, des lieux tous magnifiques… Une grandiose et émerveillante suinte apparaissait entre les nervures des feuillages. La suinte s'étendait de gauche à droite et d'en bas jusqu'en haut, aussi bien qu'elle parvînt à coller entre-elles des feuilles appartenant à des arbres différents. J'étais toujours trop exalté pour rêver, ce n'était donc pas un rêve: cette suinte, j'aurais, sur le champ, passé ma vie à la regarder et à la désirer au plus proche de mon intimité.

Oh combien délicieuse elle devait être !

J’ai eu si mal de ne pas pouvoir y gouter - je crevais de m'imaginer privé de l'urgence, toute naturelle, à bondir sur ce type de phénomène dès qu'on l'aperçoit. Ma soumission ne pouvait être plus totale: cette suinte, que j’aime tant, me rendait envieux avec engouement et je me sentais fort, si fort, de résister, un temps, un temps encore, à me l’approprier, fort, si fort, à l’idée de pouvoir jouir de la regarder... et faible, si faible, de savoir que plus je continuais à me battre contre mes prédispositions, plus je me rendais impossible. Avec une telle cassure du possible, ne risquais-je pas d'entrainer avec moi le magnifique paysage ?

Dans l’ombre, dans la mort, dans le néant ?

D’une intense et infinie tristesse, cette peur me secouait et me paralysait. Mon traditionnel recours à l'idée de sacrifice pour justifier des comportements qu'autrement je serais incapable de comprendre - et, encore moins, d'expliciter - était ici rendu totalement inepte devant la magnanimité de la création qui s'offrait à moi.

J'enviais les folies botanisées et les manèges de l'esprit où nous sommes nombreux à co-exister - je regrettais, en fait, qu'il ne puisse pas y avoir de témoin pour comprendre à quel point mon manque de précipitation, ma contenance, aurait pu suffire à elle seule, dans cette situation, à me ranger parmi les plus herculéens héros - d'autant, j'en étais convaincu. Mais, j'étais destiné à devenir un tragédien - ou plus sinistre encore -, aussi, je ne m'en fis pas trop avec cette envie tout à fait frivole et, nul doute, passagère de quêter un peu de reconnaissance.

J'enviais les chattes... et tous les autres qui dès que le réveil sonne font le choix de la violence: pour vivre, pour fonctionner, pour pouvoir respirer chaque jour qui se lève sur le monde rempli d'océans faits de désastres et rempli à rebord de dédales tous plus malheureux les uns que les autres.

Cette folie, cette faiblesse, je ne l'avais pas laissé naître pour me torturer: je l'avais laissé m'envahir, pour me sentir piteux, un tic et héroïque l'instant immédiatement après. Cette folie m'entrainait, avec elle, à ressentir plus fort dans ma chair, et avec gout, le déchirement que je ressentais.

De tels trop-pleins de bravoure peuvent déstabiliser ma destinée et... peut-être même, l'univers tout entier: aussi, je profitai de ce vécu intimement, dans un environnement, autrement, entièrement vide de son existence à mon esprit, afin que je puisse être seul avec ce miracle.

Il était de plus en plus improbable que je puisse m'astreindre à la patience bien longtemps encore. J'aurais, éminemment, à me lancer sur cette paix et me l'approprier entièrement, ou du moins, du mieux que je pouvais. Cette fois-ci, encore je tremblais, un peu d’une nouvelle peur: celle d'entrainer dans mon sillage tout et rien dans une collision avec l'immensité d'un néant qui se substituerait aux magnifiques marécages forestiers et à la douce douve dont je devinais l'existence et m'imaginais déjà prendre possession pour jouir d'une paix durable. Entouré d'un fossé qui ne représenterait sans doute pas d'inconvénients à traverser pour moi, je devinais cette douve quelque part derrière le mur de feuillage; maintenant à peine était-il vert, ce mur, tellement la suinte avait transpiré et imprégnait absolument mon horizon tout entier. Jamais de si fortes passions ne pourraient un jour me réanimer ainsi.

Il faisait bon d'en avoir la certitude.

Puis, d’une jungle ou d’une autre formation verte, qui sait ? Comme pour me sauver - peut-être ? Qui sait ? - la silhouette sortit et s’avança sur moi.

 
 
La fenêtre-guillotine / 2.


L'apparition de la silhouette provoqua en moi une analogie dont je me serais sans doute passée, parce que, eh bien, rien autour ne se prêtait à ce genre de bêtise ou de naïveté enfantine.

J'avais, bien sûr, entrepris de me casser le cou jusqu'à ce que je puisse ressentir et surtout voir de manière satisfaisante ce qui venait à moi. Un emporte-pièce de pâtisseries... Voilà ! Une forme à la fois vide et tridimensionnelle, humanoïde, jusqu'au bout des ongles - féminin même -, mais qui rappelait avec insistance les petits biscuits formés comme de petits bonhommes, puis décorés avec de la pacotille en petits clowns, à l'emporte-pièce. Après s'être découpé, du paysage, la forme noire, continua d'avancer sur moi en s'affranchissant toujours un peu plus du fond de toile marécageux : il fallait maintenant deviner que cette toile avait été verte pour bien comprendre la biotransformation que le paysage avait subie et les difficultés que la silhouette rencontrait en se libérant de l'intensive présence de la suinte.

Plus elle s’approchait de moi, mieux il m’était permis de constater que ces contours avaient une certaine élégance et qu’ils étaient apparemment très coupants.

J'eus la vive impression d'avoir réussi à sauver mes yeux quand mes articulations se mirent à produire une forme d'une bile, envahissante, depuis chacune de mes articulations; à l'exception de mon cou, que j'avais pris le temps de casser à l'instant, par pure chance, en cherchant une meilleure prise du regard sur la silhouette. Il m'était très rassurant de savoir que l'inclinaison vers l'avant de mon cou protégeait le derrière de mes yeux de ce liquide qui autrement submergeait, depuis l'intérieur, l'enveloppe tout entière de mon corps. Après avoir salué ma fortune d'avoir épargné ma vue, mais énervé que l'intérieur de mes globes oculaires ait pu passer si près d'être inondé par la bile - je m'attelais à balancer mes yeux et balayer de la vue toutes les directions aussi loin que je le pouvais. Sans même bouger un poil le reste de mon corps.

Des pressions, agréables, mais tout de même insistantes, se firent sentir. D’abord sur mes chevilles, puis mes genoux et maintenant, mes hanches qui, sous l’effet de ces pressions, étaient entrainées dans une très légère houle de gauche à droite.

Mes yeux étaient invisibles.

Je la savais toute proche et la savais, également, sur le point de faire prendre à ses pieds une position sur mon bassin qui forcerait les articulations de mes hanches dans des replis contre elles-mêmes. Ce qu’elle fit, avant même que j'eusse pu finir de deviner son intention.

Mes yeux continuaient leurs mouvements et entrainaient de plus en plus mon regard sur une focalisation absolument excessive de presque rien - j'étais habité par une force de concentration absolument peu commune. Dans mon coffre, un fort malaise se fit ressentir lorsqu'en tête je considérais que mes pensées pouvaient, pour elle, constituer des pensées intrusives. Mais j'étais affaibli. Mais je ne pouvais résister plus longtemps: et si, et si seulement elle bougeait un de ces pieds pour écraser un coup, mon genou, un coup ma cheville, un coup mon autre genou ou l'autre côté de ma hanche... Je ne voulais surtout pas qu'elle prenne cette idée comme un souhait que j'entretiendrais, intimement - mais bien seulement comme une preuve que j'étais bel et bien vivant. Une communication qui aurait toute la vie pour médium.

Des images ou des impressions de forêt, sombre, sans véritable source de lumière, se développaient vitement quelque part devant moi; dans un environnement qui devait bien se trouver quelque part, par devant… Il y avait des troncs. Une forêt de troncs, dont on ne pouvait percevoir ni la cime ni les pieds. Des troncs de bouleaux, j’en étais certain. Mais, pour être honnête, je ne connais véritablement rien aux arbres.

Je tiquais sur le foisonnement de doutes. Mes pas, mes yeux, la silhouette, la forêt de troncs, tout... tout, tout était invisible.

 
 
La fenêtre-guillotine / 3.


Ma réflexion sur l’absence totale de sons - quant à moi, à minima, très suspecte -, que mes déplacements provoquaient avait assez durée. Les bouleaux ne reposaient ni sur monde ni sur mer, « peut-être bien - sur sangs et chairs ! », me dis-je avant d’être emporté, très fort, par le souvenir d’une gicle de jus d’orange qui frappait lourd sur mon oeil. Je ne pus m'empêcher de terrasser mes deux mains, une par-dessus l'autre, sur mon oeil ainsi sauvagement agressé. J'avais pleinement conscience qu'il s'agissait d'un souvenir, tout au plus d'une image mentale, malgré tout, je vivais une véritable atrocité; ce douloureux sentiment se la jouait fortissimo à travers mon être et les représentations que je pouvais avoir de mon intériorité.

Tout à coup, je ressentis à nouveau les pressions exercées sur mes articulations: elles n’étaient plus concentrées sur mes hanches, mais allaient en alternant sur chacun de mes genoux, parfois même jusqu’à mes chevilles. Je m’entendis gueuler depuis là où je m’étais trouvé l’instant auparavant, accaparé par les souffrances indescriptibles. Quelque part, dans une forêt invisible, je gueule avec atrocité, avec un acharnement à communiquer avec le monde extérieur.

Les pressions ne m'étaient pas douloureuses - c’était donc cette satanée goutte de jus d’orange qui m’avait ainsi perforé je ne sais quel courant nerveux, à travers tout le corps. Je sentais mon crâne se terrer, terrifié par ses propres tréfonds. Mon os se mit à se scier de lui-même sous des frictions, qui me semblaient intentionnelles, mais qu'il s'imposait sans répit aucun. Les frictions plurielles, synchrones et asynchrones entre elles-mêmes striaient mon os de partout et me faisaient subir d'insupportables coups de haches primitives transformées pour l'occasion en véritables scalpels chirurgicaux à imposer des douleurs inhumaines.

Mes souffrances se dissociaient de mon entité corporelle pour devenir une sorte de bain atmosphérique qui, jusqu'à un certain point, rappelait la forme de la pierre de sarcophage, toujours à proximité - à un bras tout au plus de moi. Au milieu de ce brouillard, je m'aperçus que les tourmentes dans lesquelles ma gueule s'était enferrée avaient gagné une tranquillité de veillée au chalet, près d'un feu, seul, un soir d'été, sous climat tempéré : si tant est que des sons fussent sur le point de se faire entendre, ils auraient été nul doute apaisants. Or,

- « Les gueules sont la matière vivante, »
une voix sèche, non pas sèche - mais des mots prisonniers d'une chambre d'écho, une chambre assourdissante, qu'une femme dirigeait spécifiquement à mon attention. Sa voix martelait, voilà, elle martelait... mais je ne saurais pas dire s'il s'agissait de sons ou de syllabes, de mots ou d'informations. S'il s'agissait d'informations, alors clairement celles-ci devaient être d'abord décryptées. Aussi, je ne sais plus très bien si elle me dit la suite où si, inconsciemment, je m'étais mis à narrer une suite aux mots qu'elle avait, perceptiblement, choisit avec une menue précision pour couper le silence.
« Mon corps est une scène. Ma parole, sacrée. Le glas de l'autophagie sera notre gloire aux rejets de tout schème préétabli: mon bassin sera celui du monde, ta scène a toi, mon corps, une scène; depuis rien, c'est à toi.

Depuis rien, c'est à toi - os, chairs, sangs, organes, océans, forêts du monde, depuis rien, c'est à toi, une seule scène, ta scène, une seule parole, la matière vivante.

Un palais à volonté fait de récompenses charnelles, conceptuelles, spirituelles, paradisiaques et esthétiques - le chaos parfaitement accouché d'une calèche sacrée - plus qu'une réalité ajoutée aux réalités, un tout nouveau continent pour panser les temps et soigner le vivant avec les mots des belles bouches. Les mots de ma belle bouche. »

Les nombreux silences autour de moi se brisaient les uns sur les autres ou tombaient à plat sur les sols dans une relative proximité avec mon corps et ses organes: je reconnaissais le rythme tribal et intentionnel des chaumes de bambous qui avaient été battus sur moi.

Sa voix était plus humide - elle s'était éloignée - probablement, vers devant, vers la forêt qui, me semblait-il, était un pur produit de mon imagination... mais je doutais trop de moi-même pour en être certain:

« Mon corps est une scène, ma parole est sacrée: les gueules sont matières vivantes, une nouvelle culture depuis rien, c'est à toi. Glas finaux de l’autophagie, un nouveau territoire, un nouveau monde et, maintenant, une nouvelle culture - depuis rien, c’est à toi, fait de moi tout ce continent et de ce nouveau monde ton opéra. »
La silhouette, et tout ce qu'elle avait représenté, m'avait facilement extasié avant de s'en retourner dans le paysage. J'arrivais à deviner quelques reflets verdoyant autour d'elle sous l'effet d'une faible lumière, juste assez lumineuse pour entretenir une vue sommaire sur la scène. Son bassin était immense comme un Reich de deux-cent-cinquante-mille ans. Les arbres, tout autour d'elles, s'effaçaient comme s'ils avaient été faits à la craie, sur une ardoise autrement déjà brouillonne. Des gueules, oui, voilà bien ce que cela était ! Des gueules se substituaient aux arbres, des gueules pétrifiées dans une sorte de cri noir et blanc sale.

Refermé sur moi-même en cachette, je m'interrogeais avec le calme que ma constitution me permettait de m'approprier:

« Sans vie, silencieux... sans fin - dans une atmosphère privée d'air, de lumière, de sons, de musiques... L'opéra pouvait-il subsister sur un tel terrain ? »

Je fus secoué d'être heureux. Depuis la base de ma nuque, ma cervelle-geyser s'agita et concentra toute mon excitation dans la base de mon visage - j'étais enthousiasme pour la première fois de ma vie et, évidemment, je n'ai pas forcé de doutes à mon esprit. Plus encore, j'étais un héros, un librettiste, qui dorénavant trainerait sur ses épaules son œuvre, depuis le jardin des morts jusqu'aux grands jours.

 
 
La fenêtre-guillotine / 4.


Je ne voulais pas quitter du regard la silhouette cependant... je n'arrivais pas à résoudre mon immobilisme. Comment m'était-il possible de ne pas sauter, fût-ce hors de moi, pour embrasser toute cette paix qui s'échafaudait, à un lieu de moi, et qui avait tout, absolument tout, d’une construction qui aurait été faite juste pour moi ? Maintenant, n'attendait-elle plus que moi ? Que ce soit pour vivre ou mourir importait si peu.

Pouvait-elle attendre autre chose ou quelqu'un d'autre que moi ?

Quand le chaos s’organise en effet de résonance de soi-même, la vie ne tient plus qu’à condition de se trouver en cours d’appropriation des matières qui le compose.

Il ne peut pas être question de demi-mesure: on laisse s’échapper la gueule de notre masque et la laisse dévorer sans penser à demain. On éteint la cervelle-geyser, et l'on nourrit l'entièreté de la boîte crânienne avec toute la matière qu’on peut avaler et - surtout - on s’efforce de n'absolument rien gaspiller.

Je me suis mis à faire des tonneaux sur moi-même; je déboulais, quelqu’un ou quelque chose m’avait fait débouler. Physiquement, j’occupais toujours le même espace sur le sol et mon corps - chairs et sangs - arrivait à tenir en un seul morceau. Le jus d’orange sur lequel avait été en flottaison mes lobes oculaires, toutefois, suintait un retentissant concentré de l’amertume qu’on retrouve chez différents agrumes; un concentré qui était véritablement trop acidulé.

Les temps où mes tonneaux m’amenaient à être sur le ventre étaient de plus en plus intolérables. À chaque fois que ma vue frappait sur ce jus, je me disais que je ne survivrais pas à un autre tonneau tellement les sensations étaient inusitées, vives et perçantes. J’avais quelques espoirs qu’en me concentrant sur les sensations qu’éprouvaient mes nerfs optiques lorsqu’ils poussaient depuis les cavités de mes yeux vers l’extérieur, j’obtiendrais un soulagement qui me permettrait au moins de penser - d’envisager une autre piste de solution s’il le fallait.

Le froid que j’éprouvai en dirigeant toute mon attention sur ce qui poussait depuis ma boîte crânienne jusqu'à l'air libre provoqua, dans mon crâne, une sorte de raz-de-marée de sable, sec, rouge, rougeâtre, qui s'amalgama au liquide orangé. Rapidement, ce nouveau poids fit tanguer mon corps jusqu'à freiner progressivement l’effet d’éboulements que je ressentais.

Je me savais avoir assez souffert, aussi, rapidement, je m’assis à mi-chemin quelque part entre un sage tailleur et le tigre (ou la chèvre, en fait - en crapaud, pour tout dire), prêt à bondir au moindre doute quant à ma sécurité, au moindre soupçon quant aux dangers de mon environnement. Je me sentais bien portant: un peu comme si tout le haut de mon corps avait été placardé sur une planche de bois dure, plus large que mes épaules et, carré de forme.

« Tout est fenêtre-guillotine, tu vois ? Tout. »