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Islande / 5.
Amérique insouciante s’était présentée à vous sans plus de formalités; j’ai tellement été reconnaissant que vous preniez le temps de lui dire que mon intention n’était pas de l’enrager. Je ne sais pas si j’aurais préféré que vous me présentiez comme le Héros, plutôt que l’arbre de vie. C’est toutefois le moins que je puisse faire, pour vous, que de vous rendre la confiance que vous m’avez témoignée.
- Certainement, a-t-il mandaté l’un d’entre vous, d’alimenter la rage et de lui faire reprendre là où elle avait laissé? Certainement, ne m’a-t-il pas abandonné ici, sans rien -
Je ne devais pas l’influencer. Tout allait pour le mieux, me dis-je.
- Suis-je supposée me tirer d’un souffle pour rallumer ce qu’il a éteint?
« Nous devons retourner sur la plage, » dit Amérique insouciante, en regardant droit devant elle.
- Là-bas, nous pourrons ranimer la rage tout autour de nous. Quitte à devoir la fuir après coup.
Elle courait déjà quand l’un d’entre vous chercha à la saisir par l’avant-bras; comme par dépit, sans qu’aucun vent ne vous en souffle un mot, vous avez formé une procession en forme d’arc. Vous étiez beaux comme une vague de fond, sombre. Elle était déjà si loin qu’elle n’a sûrement pas entendu les dernières syllabes de votre message. Tout était parfait.
- Sais-tu au moins qu’il n’a jamais été demandé?
Elle arriva sur la place. Vous la suiviez d’un pas tranquille, toujours en formation d’arc, à travers le marais. « Maintenant!, » vous soufflais-je de toutes mes forces.
- Ton gigantisme, si grand! Nos gigantismes si grands!
M’avez-vous répondu, non sans entrainer Amérique insouciante à ralentir un peu son pas et regardez derrière elle combien vous étiez beau. C’est plein de confiance qu’elle regarda à nouveau dans ma direction, avançant d’un pas ferme sur la plage, puis dans les eaux glacées juste avant que les vagues se mettent à se casser les unes sur les autres, à nouveau. Elle était belle, les vagues se balançant sous ses genoux.
- Que tombe l’arbre -
« Aïe! Aïe! » eut-elle le temps de s’extasier, depuis la plage, alors qu’au loin il ne restait plus qu’un immense crâne pour me représenter.
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Islande / 6.
Elle tendit son bras vers moi, de sorte qu’il était attendu que je saisisse son avant-bras. Ce que je fis avec une souplesse qui m’étonna et qui me sembla, sur le coup, étrangère. Ma main était maintenant posée sur les os qui s’accouplaient au-dessus de son poignet, bien en dessous de son coude: mes doigts longeaient la fissure qui séparait le couple osseux. Nous avancions d’un pas affirmé, presque violent, incisif - mais je ne ressentis pas le besoin de serrer ma main en poing, le bout de mes doigts suffisait à me garantir un contact autrement plus sécurisant, par la connivence qui s’installait entre Amérique insouciante et moi.
Le marais que nous traversions était fait de mousses, qui rappelaient des amas de ouates tout vert-de-gris et comme pétrifiés en construction par les aléas des vents et de leurs rencontres avec les éléments.
Soudain, Amérique insouciante se tourna pour voir l’un de vous: un des visiteurs du futur s’était défait du reste de la procession et intriguait dans notre sillon. Passionnément, je regardais le visage d’Amérique insouciante. Au point où je n’eus pas véritablement connaissance de la présence superflue qui nous suivait. Son visage avait comme gelé, devant mes yeux, entre la surprise et quelque chose que je ne saurais identifier.
- « Tu vois, maintenant quelqu’un est à ta suite. »
J’entendis le visiteur du futur prononcer ces mots, mais après une très courte hésitation je décidai de ne pas regarder dans sa direction. Une fois mon visage et le reste de mon corps revenu décisivement vers ma destination, je m’autorisai à imaginer une physionomie au visiteur du futur, ce que du remarquer Amérique insouciante.
Sans me convaincre qu’elle avait peur de quelque chose ou qu’il y avait une urgence dont il fallait se prémunir, elle m'entraîna dans une cadence encore plus rapide, encore plus incisive que celle qui nous avait menées jusqu’ici. « Aller, viens, » me dit-elle.
- « Nous serons bientôt seuls, » ajouta-t-elle dès après que nous ayons franchi quelques distances à grandes enjambées.
Je ne savais comment réagir à cette perspective.
Je cessai mes pas.
- « Ici, » pointais-je à une honnête distance d’où nous étions; comme s’il en avait été du cœur de quelque chose ou de quelques lieux.
Elle désista son bras du contact que mes doigts exerçaient sur elle et continua à avancer de quelques pas, doucement, comme s’il était impératif de ne pas réveiller le décor fait entièrement de mousses vert-de-gris. Un petit étang se laissait deviner au son que l’eau confinée émettait à défaut de pouvoir se troubler.
- « Nous approchons, » me dit-elle, se tournant légèrement dans ma direction, coquette.
Je ne fis même pas un pas de plus:
- « C’est une bouche en sang, » lui répondis-je, en plantant mes deux pieds si fermement sur le sol que j’avais signifié, dans l’absolu, que j’étais parvenu à ma destination ultime.
Je ne savais pas comment lui demander - mon problème dépassait largement la question de la politesse: il n’y avait qu’une chose qui pouvait être faite.
- « Essais avec des mots, » me répondit-elle sans que j’eusse à lui demander quoi que ce soit. Je me sentis de glace, mais plus bienséant qu’autoritaire, je lui intimai:
Je saisis sa mâchoire de ma main la plus faible. Je fermai mon poing, doucement, en approchant de son corps. Avant qu’il ne reste plus que ma bouche à approcher de la sienne, je saisis ma mâchoire édentée de ma main la plus forte et fermai mon poing sur celle-ci comme si elle avait été un citron que j’aurais eu à pétrir au péril de ma vie.
Lorsque je sentis le riblet revenir à ma gueule, j’utilisai ma langue du mieux que je pus pour placer sa pointe la plus tranchante de sorte que je puisse complètement écorcher sa bouche, avec la mienne, et qu’elle saigne de matière vivante, amplement.
Elle me prit pour un arbre, comme pour se cacher de ma vue, et fit un bon derrière moi; j’étais la rage, la colère pourpre, la glace mauve. Si j’avais été un arbre, l’écorce aurait probablement éraflé l’intérieur d’une de ses cuisses à son passage. Je dus éminemment me refroidir avant de poser les yeux sur les siens. Je fus surpris de voir qu’elle avait porté ses bras au ciel et mes yeux se posèrent dans l’instant sur son bassin. Si j’avais eu une plume dans ma bouche plutôt qu’un riblet, j’aurais écrit, sur le champ, l’opéra “ton bas-ventre, mes branchies”.
- « Sacrifie-toi ! » me dit-elle, en regardant presque droit au-dessus d’elle-même. « Sacrifie-toi, » me relança-t-elle. Je sentis mes gencives s’amonceler dans une série de mouvements latéraux; « sacrifie-toi ! » me dit-elle, encore.
Je me précipitai sur son bas-ventre et usa de mes gencives comme d’une lime. Ma tête bougeait dans un sens et dans l’autre et faisait corps avec mon esprit afin que je ne cesse ce carnage tant que le bain de sang ne ferait pas passer le scandale de la croix pour petit et pauvre.
- « Sacrifie-toi ! »
Je me délectais de tout ce qui se trouvait sous son nombril et au-dessus de son sexe. Je n’avais plus conscience d’où en étaient mes mains, comme si je m’étais contraint à n’utiliser que ma bouche, que ma gueule. Je n’avais que très peu de contrôle sur la manière dont je performais les incisions, mais j’étais tout de même très soucieux que la forme soit esthétique. La matière vivante envahissait de plus en plus mon visage, mais son ventre, son sexe, ses cuisses restaient apparemment vierges. Jamais une gueule ne s’était approprié d’incisions carnassières aussi sauvagement.
Elle, comme un sexe en chiffon mort, tomba d’un coup, sur le sol, sur le vert-de-gris, ma bouche encore clouée sur son bas-ventre. Ma gueule continua de s’approprier tout ce sexe jusqu’à ce que je tombe mort.
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Islande / 7.
Je m'interrogeais au même rythme où le riblet me transperçait quelque chose, à l’intérieur de moi; je ne savais plus trop quelle partie de mon corps aurait dû souffrir de la chose. Allait-il accoucher de mon ventre ou de ma gueule, me demandais-je même pendant un instant. Je précipitai mes mains sur elle, comme pour me prosterner à ses pieds, puis à ses genoux, en prenant bien soin, toutefois, cette fois-ci, de laisser ma bouche à bonne distance et d’elle et de son bas ventre.
- « Il serait mieux protégé par toi, » ai-je eu le temps de lui dire avant d’entendre le ciel et la paix, tous deux, se coucher sur nous, comme une couette en duvet.
Je vis son bas-ventre intact.
Je priais sur elle comme si elle avait été la cristallisation d’un roc. Pour renouer avec le contrôle de mon esprit, j'ai choisi d’orienter patiemment le revers d’une de mes mains - je ne me souviens plus très bien laquelle - vers son ventre. Elle gémit un bruit d’oiseau ou d’agacement, peut-être de rongeur… un son évoquant l'écureuil aussi peut-être bien.
De toute façon, je devais me relever si je voulais profiter des vagues du ciel qui continuaient de se bercer sur le sol, plutôt qu’être entraîné dans une noyade - ce qui ne tarderait pas si je continuais à me prosterner ainsi dans l'ombre d'Amérique insouciante.
- « Regarde, des oiseaux qui chantent » me répéta-t-elle. Je regardai à la volée dans toutes les directions, ne sachant pas très bien où elle percevait des oiseaux. J’ai cru voir quelques formes se dessiner - pour tout vous dire, il me semblait poindre au-dessus du ciel qui couvait sur les sols du marais des têtes aux allures reptiliennes, dépourvues de corps. Dépourvu de chairs, également.
Je me sentais seul, loin de tout. J’étais incapable de m’imaginer deux secondes, deux instants où des oiseaux - ou je ne sais quoi - auraient matérialisé la paix et satisfait mon envie de dépendance. Je ne voulus pas souffrir, je choisis au contraire, de me faire peur: de suite, je craignis qu’elle soit un fantôme et épouvanté-je de ne pas l’avoir approprié avec ma bouche, lorsque l’occasion s'était présentée. Je devais avoir la bouche en sang, en matière vivante, je n’avais plus le choix, maintenant.
Me semblait-il du moins. La magie ou le manège de l’esprit a fait que devant le grand trouble qui m’animait, elle fracassa avec calme les mots suivants à mon endroit:
- « Viens, allons nous fracasser le crâne sur ces grosses pierres, là-bas. »
C’est juste à ce moment que je vous reconnus et, maintenant que je vous le dis ainsi, il m’est impossible de cacher ma grande joie. Quel immense soulagement que de voir que votre procession de visiteurs du futur s’était substituée aux formes plus ou moins reptiliennes qui hantaient le décor, me semble-t-il, il y a un instant encore !
- « C’est un cimetière vivant, » lui demandais-je ?
Elle me répondit avec un vif « hum, hum, » un acquiescement rapide, mais complètement révolu avant, que dans l’absolu vous ayez le temps de m’envahir, et moi, et les cieux qui nous couchaient sur le sol, et la paix qu’ils traînaient avec eux:
- « Si grand! »
Le reste du décor s’était presque entièrement effacé au souffle de vos mots, si grands! « Veux-tu que je plonge, » lui demandais-je avec amusement, entraîné - si grand! J’avais les deux mains plongées dans la dentelle des nuages qui parvenaient jusqu’à nos tailles. Elle gémit d’agacement, comme un oiseau pendu sur un fil avec un de ces semblables. Coquette, puis chouette et soudaine, elle feint d’être amusée pour m’amuser:
- « Les rainures ont disparu! Librettiste ! »
Elle refusa que j’avale sur le champ son bas-ventre et se mit plutôt à cueillir mes dents par terre, par delà la couche nuageuse, comme si elles avaient été des fleurs. Nous nous donnions l’un l’autre des sourires teintés de béatitude. Je profitai de ce que nous étions en amour pour lui demander :
- « Veux-tu m’enrager ? »
Elle dissémina les dents qu’elle tenait dans une de ses mains au loin, devant nous. Dès qu’elles refranchirent le seuil que leur imposaient les nuages sur la ouate du sol, chacune d’elles se transforma sous mes yeux en immenses et gigantesques monolithes.
- « Regarde ! Des oiseaux qui chantent ! C’est signe que nous approchons terre ! »
Depuis les quelques distances qui me séparaient de vous, je vous vis reprendre la chorégraphie de votre procession. Le coryphée d’entre vous qui, plutôt, devait m’avoir suivi, semblait, maintenant, en retrait sur le reste de la procession. Je le regardai un peu plus longuement sans me questionner: il y avait, après tout, la paix pour nous faire jouir tous et le ciel pour nous bercer d’amour et des autres attentions précieuses, tous.
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Islande / 8.1
Je comprenais toutefois mal le sens d’accomplissement que j’éprouvais à fracasser mon crâne sur un monolithe.
Si l’océan devait se lever, et je savais qu’il se lèverait, il soufflerait la liberté et mon destin héroïque vers le rivage qui devait donner sur le crâne géant resté témoin et acteur de mon passage dans ce noir du temps: devais-je y amener, y rapporter une fracture? Ou chercher à le dépasser, physiquement, spatialement, je veux dire? Et pourquoi? Surtout, avais-je besoin d’une raison? Surtout, je savais le riblet maître du jeu.
- (Un arbre qui tombe,
Si grand le destin héroïque que souffle l’océan que je ne pouvais qu’être transporté, et avec moi, le riblet.
Qu’est-ce que je devais faire d’Amérique insouciante: la laisser à vos soins, l’entrainer dans mon aventure, l’entrainer vers une nouvelle destination, la raisonner, l’aimer? Dans tous les cas, je lui dis tout de go:
- « Je ne nécessite pas l’amour. »
Ce que je fis, piteusement, en regardant son corps devenir extatique en crescendo. Comme si elle avait anticipé que les pioches que je ferais sur le monolithe étaient susceptibles de remplir l’espace, d’un rythme tribal qui prend du souffle comme un feu qu’on nourrit méticuleusement avec des branches de différentes tailles.
« Librettiste, » déclara-t-elle, en roulant une consonne ici et là, en accentuant une voyelle ici ou là, tout en continuant sa danse. Je devais me retenir pour ne pas devenir extatique, moi aussi, du mieux que je le pus. J’entendis le silence: que c’était beau. “Quelle belle scène,” me suis-je dit dans ce silence.
- « Souffle les monolithes qu’ils puissent briser les boulets qui demeurent - les fracasser ! »
Je savais trop bien qu’elle parlait de la mine de charbon - et de ces pépites qui gangrènent toujours des profondeurs jusqu’aux sols pour en faire des cieux qui jamais ne se ravivent que pour mieux nous enterrer. Nous rendre aveugles au trauma, nous rendre sourds à notre misère, piteux des quelques passions qui pourraient encore nous traverser.
Dans mon silence j’en conclus que j’aurais dû crier: “quelle belle scène !” En lieu de quoi, s'étouffa le silence, malheureux au moins un peu sans doute, avec ces mots que je trouvais rassurants:
- « Votre destin héroïque, mon destin héroïque, notre destin héroïque… »
Ce à quoi vous m’avez répondu, à plusieurs reprises, au point que vous continuiez de le répéter bien après que j’eus fini de le dire une énième fois:
- « Si grands ! »
Amérique insouciante ne s’était pas jointe à nous: j’ai cru un instant vous relancer, vous et elle, en évoquant avec passion “nos destins héroïques,” comme s’il avait pu être encore plus beau de finir notre incantation par cet ajout, pourtant bien simpliste.
Elle était toujours extatique: en faisant rarement des tours complets sur elle-même, ses mouvements la portaient parfois devant moi, parfois un peu plus à l’écart d’où elle semblait avoir campé la chandelle qui la tenait vivante au milieu de la scène.
Je sus, lorsqu’elle me regarda de haut, dans un geste qui rappelait chez moi le flamenco, qu’elle m’imaginait à quatre pattes, affairé à piocher des chaines et des boulets partout sur mon chemin, avec mon crâne comme pioche. Ce que je ne savais pas, c’est si m’engager dans cette voie amenait le crescendo de son corps dans une extase encore plus belle: “librettiste,” je cherchais à forcer dans son esprit le mot, comme un sort, sans bouger les lèvres, et en laissant mon regard fixé sur le sien.
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Islande / 8.2
Elle dansait pour des pépites de charbons, comme je vous parlais pour vous voir.
Elle voyait les pépites de charbons hors de la mine, dans des manèges de l’esprit qui parfois vous ignorent et qui, d’autres fois, ignorent le riblet. Je ne savais plus très bien où j’en étais: je ne savais plus très bien quel sens donner aux éléments qui frappaient sur moi. Je vous savais capable de me pardonner, s’il s’agissait là d’un mensonge, alors je vous dis, empêtré:
- « Mais je ne regrette toutefois pas, pourtant, d’avoir cessé de fracasser mon crâne sur ces monolithes ! »
« Soit, » s’exclama Amérique insouciante. Le silence qu’elle provoqua ainsi ou l’arrêt de sa danse, me rappela l’ensemble des rythmes tribaux, nomades, désertiques et vierges de contaminations qui animaient les lieux et probablement nos âmes depuis les derniers temps: des verges et des verges de temps vierges de contamination… Plus je m’avouais vaincu devant elle, plus j’avais l’impression de lire “librettiste” sur son âme. Comme si ses yeux, son corps et sa bouche, surtout, étant susceptible de trahir toujours, j’avais décidé de chercher l’écho de mon souhait dans une force-puissance qu’elle devait cacher quelque part en elle.
- « Ton esprit s’y refuse: les héros ne marchent pas à quatre pattes, n’ont pas à se dandiner le cul. Aussi, tu me laisseras torpiller les boulets que je trouve sur ton chemin, sur toi. Je pèserai leurs poids sur ton front, puis sur le reste de ton os: plus leurs poids t’enfonceront et plus le livret s’enrichira jusqu’à faire naître une grande œuvre, un legs pour l’humanité toute entière. Et plus tu sentiras ma légèreté te porter et plus elle te soufflera comme un océan vers l’héroïsme auquel tu tiens tant ! Au même rythme que l’œuvre et la matière vivante ! »
« Les doutes sont bons, ils sont de l’ordre du vivant, librettiste: » cette fois-ci, je ne rêvais pas, sa belle bouche avait dit tous ces mots, dans cet ordre. Je lui aurais demandé de répéter, juste pour satisfaire mon esprit qui craignait qu’elle s’imagine que je me jouais d’elle et avait en tête de taire ce qu’elle avait dit afin de récupérer ses dires, au moment qui me semblerait plus opportun, pour la piéger ou pour me sortir d’une faiblesse, d’une maladresse, voire d’un mauvais sort. “La bouche en sang” me semblait pouvoir être évoquée, comme des mots sécurisants; mais, en lieu de quoi, je décidai de prononcer:
- « Est-ce le jardin des morts ou la fontaine de la vie ? »
Si seulement elle avait été extatique ou si elle avait, comme plus tôt, levé les bras au ciel, j’aurais pu voir son ventre et probablement déceler, deviner, imaginer, faire apparaître du bout de mes doigts les rainures originales du riblet. J’avais vaincu.
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