Sur les ruines du théâtre antique


 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 1.


     - « Il y a quelque chose de off. »
     - « Laisse venir comme ça vient. »

Il me prit un certain temps, après l’écoute de ces mots, pour réaliser que je n’étais pas entièrement seul. J’écoutais quelques instants, à l'affût d’un son ou d’un mouvement susceptible de valider la constatation qui venait de me passer à l’esprit, mais aussi de pouvoir mieux anticiper sur une autre présence dans mon environnement.

L’atmosphère était bleue.

Mes mains frappaient, quant à elles, sur de la poussière. De la poussière de roche, de gravier, de ciment, je n'aurais pas été capable de dire précisément.

Ma tête et le reste de mes os frappaient sur ce qui me semblait être, au départ, de grosses roches éparses. Plus je soulevais la tête, plus l’air que j’inspirais me semblait devenir supérieurement pur et plus l’atmosphère perdait en opacité pour se laisser tisser en léger brouillard, toujours sur le point de se dissiper définitivement. Debout, enfin, j'ai vu que ce qui m’avait semblé des roches était, en vérité, des ruines: les ruines d’un ancien théâtre, peut-être d’un Colisée, dans tous les cas, les vestiges tranquilles d’une sculpturale et lointaine antiquité.

Démeublée, une antiquité démeublée et éventrée de tout, sauf d'une structure invisible qui avait traversé tous les temps.

Ayant pour seul voisin ma propre présence, jusqu’à ce que je relève la réalité d’une silhouette qui se mouvait le long d’un des pans d’horizons qui s’ouvraient à moi. Féminine, la silhouette avait une coiffe étrange qui ne manquait pas de me rappeler certaines processions mortuaires auxquelles j'avais assisté ou rêvé. J’ai eu peur comme parfois un léger coup de vent suffit à nous faire sursauter, à nous sortir d’une torpeur dont on ignorait même l’existence avant d’en relever qu’elle s’était dissipée aussi nette qu’elle avait dû apparaître, un moment auparavant.

Une partie de moi aurait aimé être en plein centre de l’espace, barricader entre ce qui restait des quatre murs de ce grand édifice et de son environnement purger par l’érosion invincible du temps. Toutefois, je n'osais pas me plaindre de n’avoir que trois pans d’horizon à soumettre à mon observation. Parce que je n’avais pas d’yeux derrière la tête, l’attention de mes autres sens s’en trouvait pleinement titillée et je gardais une vive conscience de cette zone qui s'imposait à moi aveugle.

Ce qui me mit en confiance: comme si j’avais pu, plus librement, dorénavant suivre la silhouette avec une attention toute particulière. Je plaçai une main devant moi, pas très loin, afin de balayer l’air qui s’y trouvait. J’avais peine à imaginer que rien ne se trouvait sous mes yeux: je regrettais, quasiment, ce léger tissu de brouillard et son rythme de dispersion apparenté à celui d’une horloge de sable; soumis par le temps à s'égrener fatalement.

Comme pour pallier ma stupeur, la stupeur qui m'avait frappé dès mon entrée en contact avec l’invisible néant, je tournai avec un certain aplomb ma tête et le reste de ma physionomie vers la silhouette; celle-ci était en mouvements, particulièrement élégants ou, pour dire parfaitement, esthétiquement stimulants. Mes autres sens répondirent comme un chœur et, bientôt, je me trouvai particulièrement chanceux que rien ne se soit trouvé derrière moi, car j’avais, maintenant, complètement délaissé mes gardes de ce qui aurait pu se cacher dans mon dos.

Je respirais plus librement et je me savais être à la rencontre de la silhouette, toujours en procession au loin, et qui, maintenant, m’attirait bien plus qu’elle ne me faisait peur ou même pouvait m’intriguer. Dans mon os, la seule intrigue qui demeurait rebondissait d’un côté sur l’autre, sans que je sache prononcer des mots appropriés ou répondre à la question que je me posais rhétoriquement: « est-ce toi qui m’as parlé tout à l’heure ? »

Le mouvement de l’air à la hauteur de mon visage me faisait réaliser que chaque pas que je réalisais me faisait respirer de plus en plus librement. J’étais concentré sur le masque de mon visage et un peu sur les pas je faisais vers la silhouette: les ruines semblaient toutes s’être érodées en pavés droits - certains, plus parfaits que d’autres, en prismes à bases carrées.

Je me suis plu à m’amuser intérieurement - peut-être nécessitais-je seulement qu’une détente nerveuse ? - qu’il n’y ait pas de quai dans cette enceinte, car j’aurais très bien pu être le poisson qu’on hameçonne pour tirer de l’eau et cuire à la chandelle.

Il n’en était toutefois rien. Je le savais.

 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 2.


Je connaissais ce genre de silhouette; il était improbable, dans l’absolue, que je finisse sur une chandelle ou en filet sur un autre rond de poêle. Toutefois, je me sentais comme le boulet-prisonnier qu’une chaîne à gros maillons tirait depuis son horizon. Les dédales, les ruines, les vestiges semblaient tous être tombés, tous s’être érodé de sorte que rien ne puisse entraver le chemin que je poursuivais pour rattraper la silhouette que je continuais de percevoir à quelques distances de moi.

Elle continuait sa procession, ses mouvements, son allée, perpendiculairement au point de vue que j'avais adopté, par rapport au chemin que je devais suivre pour me rendre jusqu'à elle. Et sur ce chemin, il n’y avait aucune chaîne à maillons immenses, que mes pas qui avançaient aussi silencieusement que la silhouette qui m’attirait de souche vers elle.

Parfois, j’avais l’impression qu’elle bifurquait. Légèrement, rien de très prononcé. Mais à chacune de ces occasions je reprenais la mesure de sa physionomie et arrêtais ma conclusion toujours sur la même constatation: tout à fait dans les normes, non seulement pour une silhouette de ce type, mais surtout dans une perspective d’appartenance à l’ordre du vivant humain.

En somme, le sentiment sécurisant était à son paroxysme. À la limite de la démesure.

L’élément d’incertitude: à peine un doute pour continuer d’alimenter l’envie, le désir de rapprochement, l’érotisme aussi, nécessairement.

Lorsqu’elle allait, tout simplement, comme si elle avait été unie à une suite processionnelle dont chacun des pas est mesuré aussi bien spatialement que temporellement, elle apparaissait anormalement grande. À la limite, difforme; bien que mon esprit était, bien sûr, incapable de se résoudre à employer ce mot pour la décrire. Il ne pouvait toutefois pas, non plus, tenir le plus religieux silence lorsqu’il remarquait que quelque chose grandissait depuis son corps. Elle était, pour un initié, intrigante, attirante et sa conduite était en tout point nécessairement sécurisante, même lorsqu’elle semblait tirer à elle, comme une pyramide sur ses épaules, le jardin des morts.

C’est sans doute parfaitement anecdotique, mais mon esprit était entièrement occupé à s'expliquer en boucles, pour ainsi dire, qu’elle offrait toutes les apparences de continuellement escalader son propre squelette. Par delà des horizons, aussi bien verticaux qu’horizontaux, qui se fixaient droit, en somme, depuis la base de son cou ou de ses épaules.

Je justifiais ces boucles incessantes de réflexions, futiles, en pensant être sous l’emprise d’une illusion d’optique que m'avait créée ma cervelle dans un effort de conservation d’un visuel de la silhouette qui demeurerait à jamais dépourvu de tares. J’acceptais, sans retenue, de me bercer de cette illusion en la nourrissant petit à petit d’infimes petits doutes que je m'empresserais de contredire aussitôt qu'ils étaient pensés.

Je craignais, pour ainsi dire, qu’elle ne se métamorphose en quelque chose d’incertain: que tout ce chemin que je venais de parcourir n’ait été qu’une grande tromperie à laquelle je n’avais pas l’intention de participer. Les doutes font partie de l’ordre du vivant: il m’était facile de me raisonner et de trouver bonnes et heureuses les valenciennes de doutes qui flottaient entre mon esprit et ses déplacements, tous lents, tous ritualisés et processionnels vers une forme de destination inconnue, secrète et probablement invisible même pour les initiés de longue date.

Lorsque je me recroquevillais l'esprit pour me servir de mon os comme la carapace d’une tortue, j’avais de petits bleus qui s’apposaient comme étalés sur le long par l’action d’une petite truelle, en succession d’étages, à quelques distances de moi, peut-être un souffle, peut-être deux. Ce qui me fit réaliser qu’un halo accompagnait sans doute mes pas. Et, aussi, la peur que j’éprouvais à l'idée que la silhouette puisse m'être volée. Ou pillée à moitié, ce qui aurait été tout aussi mauvais.

Mon esprit me préserverait des atrocités que ces peurs auraient pu me faire souffrir et, précipitamment, je me convaincs que les truelles avaient dessiné, en plâtre bleu, une feuille de partitions vierge pour moi, devant moi, et que je poursuivais donc, comme de juste, à la vérité, le bon chemin pour accomplir ce que je devais accomplir ou trouver ce que j’étais venu chercher.

Avant de me ragaillardir, toujours, je m'admis brièvement triste et à souffle profond qu’une forme mitigée - en parlant de la silhouette - me serait tout de même acceptable et tout à fait viable pour être seul à deux durant un temps. Il s’agissait là du pire scénario qui avait traversé mon état d’âme depuis que j’étais arrivé sur place.

Mon scénario catastrophe maintenant planté, il m’était plus aisé de respirer profondément. Sans que mon esprit sollicite d’effort ou de motivation supplémentaire, je me retrouvais ragaillardi avec toujours à l’horizon, à une certaine distance, la silhouette qui continuait ses déplacements, presque parfaitement perpendiculaires aux avancées que permettaient mes propres pas, mes propres mouvements, mes propres déplacements. Mes propres intentions, toutes débridées.

Il n’y avait pas de chaîne, aux maillons immenses, qui me tirait; pas plus qu’il n’y avait de quai ou de ligne à pêche qui m’avait hameçonné. J’étais un boulet. Si quelqu’un avait pu m’offrir son écoute, j’aurais précisé un boulet-prisonnier et j'aurais sans doute été capable de quelques explicitations, de quelques précisions quant à la formulation de mon sentiment de m’être ainsi incarné à la manière d’une boule de lourd ciment en quête d’un forçat à interdire.

Je fermai les yeux. Puis, je levai les bras au ciel pour me libérer des traces que j’avais nécessairement laissées le long de mon chemin.

Sans précipiter ni l’une ni l’autre de mes mains vers l’avant, j’ouvris mes yeux afin de lui communiquer que je la savais toute proche.

Elle comprit.

 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 3.


     - « Le noir du temps. »

Comment en étais-je venu à ne pas faire partie de ses analogies ?

     - « Tu disais détester les fables, les mensonges. »

Il y eut un immense silence. Grandiose, comme les paix qui dévoilent les véritables paix, celles qui sont durables, qui se pointent, à bout de souffle, après avoir subi de si nombreux revers. La paix qui nous plonge dessus parce que tout s’arrête et disparaît sous ses feux. J’aurais voulu profiter de cette plénitude tranquille, sauvagement - et j’y ai bien sûr pensé -, que j’aurais brisé en mille morceaux et la paix et toutes les structures qui la tenaient en place, à la moindre morve qui m'aurait coulé du nez. C’est donc sans trop de difficultés que je me trouvai quelques souffrances à entretenir à l’esprit, afin de ne pas m’opposer à l’immensité de ce moment.

     - « C”est un Gizeh à ciel ouvert. »

Je ne comprenais pas très bien la signification des mots qui m’étaient soufflés. En fait, de ce que je comprenais, il m'était impossible de reconstituer la matière ou les informations qui avaient pu nourrir ma cervelle-geyser pour qu’elle puisse ainsi se rire de moi et feindre d'être en voie de solutionner quelques mystères, énigmes ou charades.

     - « La direction dans laquelle tu regardes. C’est Gizeh, à ciel ouvert. »

À vrai dire, je ne regardais ni dans une direction ni dans l’autre: j’étais dans l'œil d’un cyclone invisible auquel j’avais décidé de ne pas m’opposer, de ne pas offrir de résistance. J’avais marché plus de tourbillons dans ma vie qu’il y avait eu d’ouragans depuis le début de tous les temps: je ne craignais rien et ne trouvais rien à craindre. Pour peu, j’eus dit que j’étais à la maison et que je devinais mon atelier pas très loin. Mais, à vrai dire, encore, je ne regardais pas plus dans une direction que dans une autre.

J’avais entendu parler des pyramides que l’on traîne, lourdes et pleines, sur les épaules; je ne m’étais, toutefois, jamais vraiment intéressé à leurs boyaux: leurs tunnels, et autres chemins secrets qui mènent à des chambres funéraires dorées et à des pierres sarcophages anthropoïdes. Je comprenais ces gens, amis, ennemis ou autres, qui préféraient porter sur leurs nuques de tels édifices, mais je n’étais pas fait de ce moule: avant qu’un ciel ou un autre ne me tombe sur les épaules, il rencontrerait mon os sur sa chute et je tiendrais, gaillard, jusqu’à ce qu’il fende son bout du monde en deux et ses fins du monde en mille et un morceaux. De même, avec les océans qui voudraient s’aventurer à m’enterrer sous le coup de noyades successives sans rencontrer l'imposition de mes mains ou ma volonté de faire mienne la tectonique de leurs plaques.

Avec ma cervelle-geyser, j'arroserais les cieux et la terre et ses souterrains: je laverais la destinée travestie jusqu’à sa forme de glaise malléable. Le Sahara est la seule couleur vivante, la seule matière capable de recouper le vivant sous les jougs d’un héroïsme tel que le mien et du destin grand, si grand, auquel vous et moi sommes en droit d’hériter et devons, en toute nécessité, prétendre à jamais.

D’aussi loin que je me souvienne, j'avais normalisé les gens, amis, ennemis ou autres, qui pensaient de manière similaire à la mienne sur ce sujet. Avec ou sans fractures - avec beaucoup ou très peu de fractures devrais-je plutôt dire - les crânes regorgent déjà de tels nombreux mystères qu’entreprendre une traversée pour Gizeh me semblait particulièrement bête à manger du foin.

     - « Sommes-nous deux ? »
     - « Des oiseaux, des glaucomes, de la suie (de la trainée de suie d’huile à chandelle chaude ? (peut-être ?)) et du charbon. Les pointillés de la nature sont… sont tellement… sobres. C'est tragique. »
     - « C’est pourquoi nous devons les botanniser. Ce qui est tragique ce n’est pas leurs sobriétés, c'est la servitude de nos amis à leurs égards. »
     - « Peut-être que c’est parce que nous sommes fous ! Ou bien encore, parce que nous devons nous convaincre que les asiles sont des folies botannisées sur des protubérances géologiques traumatisées depuis des millénaires. »
     - « Les vois-tu venir jusqu'à nous ? »

 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 4.


Ils étaient deux.

Ou bien ils dansaient ensemble ou bien ils se faisaient violence.

Ou bien ils symbolisaient un entre chien et loup dont le coupable était connu de tous, depuis toujours, ou bien ils étaient saouls comme deux bottes de va-t-en-guerre déçues de ne pas avoir trouvé de jupons pour écouter, comprendre et être douces à tous les troubles qui les avaient maniés jusqu’à elles.

Je supposais qu’ils étaient encore à quelque temps de moi. Tout au plus, deux, trois temps, et ils seraient, tout au plus, dans ma proximité immédiate. Ils étaient malhabiles. Et leurs degrés d'inaptitude étaient difficiles à croire. Devant leurs inhabilités, le regard était forcé de froncer toujours un peu plus durement à chacune des maladresses qu’ils commentaient. Ils échouaient systématiquement ce qu’ils entreprenaient, dès lors que l’idée même d’entreprendre se présentait à leur os. En fait, ils semblaient en perdition et sur le point de s’échouer depuis déjà tellement longtemps.

Contrairement à tout à l’heure, je savais exactement dans quelle direction je regardais: si des monolithes devaient m’écrabouiller, ils viendraient, j'en étais certain, de derrière moi, d’où j’avais été chercher, à la demande d’Amérique insouciante la crèche originale, et où elle aurait souhaité que j’incarne à nouveau l’oracle.

Elle avait dû être derrière ces lurons qui s’approchaient de moi; au fait, elle devait toujours être quelque part derrière, dans tous les cas. Il m’incombait de continuer à regarder droit devant et à assez peu me soucier des monolithes auxquels je présentais maintenant, ragaillardi, ma nuque, sans n’avoir plus aucune arrière-pensée quant à ma sécurité.

     - « Je ne te trahirai pas ! »

Je me souvenais lui avoir lancé ces mots, à une autre époque. Et maintenant, je répétais ces mêmes mots dans sa direction en essayant de reproduire la même hargne, la même détermination qu’à l’origine. J’avais projeté ma voix par-dessus les deux lurons qui ne semblèrent guère se formaliser de ma présence et j’imaginais mes mots frapper le visage d'Amérique insouciante d’un nouveau rêve éveillé qui la provoquerait peut-être dans un frisson qu’elle nécessitait, au moment même, par un concours ou un autre de circonstances. Peut-être pour se soulever, peut-être pour poursuivre un rêve qui me soufflerait jusqu’à mon atelier où quelques miracles, quelques héroïsmes, devaient avoir été mis en veilleuses.

Je me souvenais également, mais de manière plus vague, qu’elle ou quelqu'un d’autre, m’avait intimé de briser des chaînes et d’éclater des boulets. Je ne pouvais me défaire de l’impression que ces chaînes, ces boulets avaient fondu, depuis, comme une mince couche de neige laissée seule, en poussière, privée maintenant de sa tempête et des vents qui l'avait brouillé tout le temps de sa force vive.

Moi, j’étais seul, comme l’arbre appauvri de sa forêt et qui, enfin, maintenant, à toute la lumière pour lui et la latitude pour s’étaler. Je ne savais pas, toutefois, si j’étais l’arbre de vie, aux racines excessivement ivres, torturantes à l’infini, de ne jamais assez s’étendre dans tous les sous-sols de tous les sols.

Et puis, maintenant, il n’y avait plus un duo de lurons devant moi.

Il était seul et avançait amicalement dans ma direction; moi, noyé de glace de la tête aux pieds comme si l’Arctique s'était ouvert tout grand sous mon poids, d’un coup, pour m’entrainer, raidement, dans ses sables mouvants faits de glaces et de neiges encore plus froides.

 

2e PARTIE
Chapitres 5 à 7



 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 5.


Je replongeais à l’extérieur du néant dans lequel j’avais sombré un moment auparavant. Tirant la tête le mieux que je le pouvais, de ce tombeau, conique pour ainsi dire, froid et glissant, tant bien que mal, parce qu’il m'importait tout de même de ne pas y retomber à nouveau. J’étais spécialement allumé par le besoin de rafraichir le visuel que j'avais de ces deux malheureux malhabiles lurons que j'avais vu avancer dans ma direction. Et, surtout peut-être, je voulais reprendre ma quête où je l'avais laissée en ce qui concerne la dernière image que je gardais de ces lurons qui, en fin de compte, semblaient être devenus un être particulièrement bien solitaire; en lieu de ce duo particulièrement mal adapté à l'environnement qui avait attiré mon attention au départ.

Je ne trouvais pas que la tombe que j’occupais était particulièrement déplaisante, à l’esprit du moins: mon crâne s’était refait une beauté en os-carapace et ma cervelle-geyser s’animait aussi bien qu’elle l’aurait fait dans un climat plus tempéré. « Un solitaire qui a dû mesurer bien que trop longtemps ce qu’il pouvait lui rester de vie avant de partir pour de bon son chemin, » me dis-je, tout à coup et soudainement bien éveillé intellectuellement.

     - « J’ai pioché, et pioché, des chemins. Marché, et marché des tourbillons… »

C’est ce qu’il me dit alors que je cherchais quelques indices autour de lui qui me permettrait de mieux anticiper sur la suite; puis, il ajouta: « matière vivante, » en retenant ou feignant un rire démentiel, il m’était difficile d’en être certain. J’avais en tête les oiseaux; je ne savais pas pourquoi. Peut-être ai-je pensé qu’il s’agissait d’un glaucome un instant. Le luron solitaire également:

     - « Les oiseaux… ces horribles bêtes ! Ils m’annoncent terre, regarde-les ! »

Cette fois-ci, j’en étais certain: son visage, son rire étaient tous les deux frappés par le sceau unique de la démence. Son masque craquait de partout et je me déplaçais un peu sur ma gauche, puis sur ma droite pour prendre la mesure de son os: son crâne devait être fracturé et je devais poser mon regard, ne serait-ce que bien furtivement, sur cette fracture. Le tout m’était rendu nécessaire au point où tout le reste de ce qui pouvait m’animer s'éteignit. J’étais privé de m’amuser, j’étais privé de m’énerver, j’étais privé de m’apeurer.

     - « Comment ça va, mon ami ? »
     - « Es-tu certain qu’on puisse se parler ainsi ? Se voir sans garder d’honnêtes distances entre nous deux ? »
     - « Tu t’es ennuyé de moi, j’en suis maintenant certain: me croyais-tu vraiment mort ? »
     - « Disons… plutôt disparu. »

*

Au contraire de ce que j’avais soutenu l’instant précédent, je voulais maintenant m’approcher de lui et même entrer physiquement en contact avec sa masse - à bout de bras, mais tout de même. Sa physionomie me semblait avoir été posée vulgairement sur des sols où il aurait été tout à fait possible de simplement se reposer.

     - « Pas si vite, tête de requin ! » Un court halo de vents se dessina en traits vifs et successifs, sur quelques étages d'empâtements successifs, évoquant à la fois vagues et vents, un par-dessus l’autre, avec de petits vides en creux épargnés de toutes colorations, à grande vitesse, avec adresse et précision comme s’ils avaient été dessinés au scalpel pour que les autres traits se démarquent bien les uns des autres. Pour ainsi dire.
     - « Pas si vite, bedon de femme enceinte ! »
     - « Ventre de femme enceinte ! Ça rime mieux… »

Je regrettais, sur le coup, immédiatement, sans filtre, mon immaturité. Aussi je m'offris une brève, mais cinglante critique intérieure. Il m’était tout à fait difficile d’expliquer mon empressement et l’enflure verbale qui s’en était suivie. Je ne savais pas d’où je pouvais ainsi venir; de quelles côtes, ou de quels cancres, je pouvais bien être issu et être ainsi projeté, expulsé. Et, à vrai dire, il n’y avait trop rien qui rimait dans tout ce qui avait été dit. Mais voilà.

Voilà que je pouvais de nouveau m’amuser.

*

Ma cervelle-geyser se tortilla hors de son puits comme si une barre verticale de danseuses nues avait été plantée droit au centre de mon os:

     - « De même l’océan est la vie, de même la tête du requin cherche à pousser hors sa demeure pour s’extirper d’une prison et vivre par passion la passion. »

Dans ma boîte aussi bien qu’à l’extérieur de celle-ci un agréable et grand silence s’était installé. Pourtant, mes yeux, et avec eux tout le haut de mon masque s’étaient renfrognés pour bouger avec idiotie de gauche à droite en attendant de trouver le calme qui partout ailleurs, en définitive, s'était installé avec une grande force.

     - « Cône entonnoir, boîte de cartilage, dôme… antre, prison ! »
     - « La tête et la joie de vivre ont bel et bien chacune une vie autonome. »
     - « Le corps est un chien à flatter. »
     - « Ce que la mâchoire dit et répète c’est, en deux mots: « sans moi, l’océan est une cuve sans vin. »

Un bain ingrat d’eau salé; d'eaux usées, de gouttières.

Ces mots, tous ces mots prononcés, semblaient avoir été gravés sur un dé à jouer qui refusait obstinément de s'arrêter de tournoyer, déprimé ou à bout de souffle sur la piste de danse.

     - « Quand pourrons-nous crier "bas-ventre", à l’astre-travesti ? Et s’expurger, nous, de la rage sauvage qu’il nous colle comme si elle ne faisait qu'un avec les brûlures de notre cuir ? Quand pourrons-nous, ôter à la rage sauvage ce masque idiot, fait de crème grasse, dont même les clowns ne veulent plus se mascarader le visage ? »
     - « Jamais, nous ne sommes pas de ce moule ! Gizeh à ciel ouvert, plutôt que la mine, son charbon dans le creux de notre main et son ciel unique à elle, à nous ? Es-tu fou, diable ? »
     - « Qui peut bien vouloir de Gizeh ? »
     - « Les cracheurs de feu, les cracheurs de boucane. »

Les nuages sur Gizeh sont des feux de broussailles qui n’ont pas de ciel à obscurcir de leurs suies. On dit “Gizeh à ciel ouvert”, alors qu’on devrait plutôt dire “cervelles-geysers à découvert” : là-bas, les cervelles-geysers sont remplies de la lave de la terre, et attendent que parmi les étoiles, certaines, s’effondrent et viennent geler de glace leurs états - des états paraient-ils, toujours plus ou moins apparentés à une flamme mouvante, à des irruptions spontanées qui n'ont de cesse, jamais.

Parmi ces désespérés il y en aura toujours pour soutenir avec une foi inébranlable qu’il suffirait qu’un lac d’eau et de glace, une mare plus ou moins géante, mais glacée, glacée bleue nuit - tout au contraire du Sahara vivant, rouge sang - se forme à partir des cendres qui résulteraient de la combustion pour que s'enclenche un phénomène d’expurgation totale.

Absolument, une purge de cet acabit lèverait le voile sur le trauma profond par delà les sables et autres sols de la scène, réfléchissent-ils constamment, en chœur, à l’unisson dans le silence, avec l’esprit de communauté qui les anime, personne ne sait très bien depuis quand.

*

Pas nous.

Nous, nous sommes du moule à trainer cette scène, ces sables et ces pyramides sur nos épaules... Minéraux, matières, constructions et autres élixirs, mêmes, peuvent tous et toutes grésiller sur notre os, s'il le faut, même, sans interruption, en permanence, s'il le faut, même, dans la plus infâme cacophonie qu'il puisse être humainement soutenu d'entendre, ou d'écouter sans arrêt, inlassablement à mort. En permanence, s'il le faut, encor.

La scène, ses décors, mais aussi ses environnements à témoins, des lourdes loges aux balcons qui regardent sans souffler mot, jusqu'aux plus itinérants badauds qui respirent les périphéries sonores, climatiques ou dimensionnelles doivent être enchevalés sur le garrot de nos épaules, et pouvoir librement croitre depuis la base de notre cou, comme n'importe quelle folie. Tous les éléments confondus doivent, en effet, entrer en contact avec les vallons et sillons osseux de notre boîte, s'enchâsser dans nos fêlures et cuire le bain-catastrophe que forment ces mêmes vallons, ces mêmes sillons, ces mêmes fêlures, au sein des fractures de notre os. Mais aussi tout autour de celles-ci.

     - « Jusqu'au fait ossement du squelette ! »

Pyramides, élixir, matériaux, scènes et tous leurs poids doivent être ainsi tirés, mais aussi soutenus par nos encolures à cervelles;

     - « Tous leurs poids ! Depuis l'antiquité de toutes les antiquités. »

Tant de pousses, tant de tourbillons qui en poussant sur nos os s'épargneront de prendre pied sur terre; épargneront, ainsi, la planète et ses sols et ses terres, et nos amis aussi, et, le monde, le monde finalement, connaitra enfin et finalement le vrai jour de sa naissance dans une grande célébration de son appartenance à l'ordre du vivant !

Dès la toute première déchirure de ce jour hors du noir du temps, il cessera pour de bon et à jamais ce temps où avec nos pieds nous foulons les sols et les terres pour enterrer un peu plus profondément le trauma, comme un cadavre abandonné, qui finira bien par pourrir ou être oublié. De tous. Disparaitre.

Disparaitre du jour, disparaitre du monde.

     - « Ce sera la fin des ennemis ! La disparition des mensonges ! »

Nous, pendant au moins un temps, savons nos amis vouloir en finir avec ce trauma plutôt que de l’ensevelir perpétuellement dans l'aveuglément béat qui depuis toujours caractérise les gibiers naïfs lorsqu’ils sont pris à partie par les auteurs, les critiques, les femmes à barbe; et les larves, les ennemis, les ennemis du grand !

Parce que le Héros nous a promis qu’on tiendrait un jour pendant des éternités entières, dans le creux de notre main la plus faible, cette poussière de merde, lui comme moi, disons aux cracheurs de feu, de boucane qui regardent vers Gizeh :

     - « Je la soufflerai (de ma main) aux yeux des auteurs ! (cette merde) »
     - « Je la soufflerai (de ma main) aux yeux des critiques ! (cette merde) »
     - « Je la soufflerai (de ma main) aux yeux des femmes à barbe ! (cette merde) »

 
Sur les ruines du théâtre antique / 6.


Son pas ferme m’étonnait. Je le regardais s’éloigner et ne pouvais que me demander s’il s’agissait bien là du luron dont je m’étais moqué, ou presque, alors qu’il venait vers moi, il y avait un temps à peine...

Maintenant qu’il s’éloignait, je laissais la solitude prendre possession de moi et ne portais pas beaucoup de foi au sentiment de dépit qui semblait destiné à me faire perdre mon énergie en réactions émotionnelles futiles.

Il n’était pas question que je le suive. Pour autant, j’en étais certain; c’était donc avec grande facilité que je m’abandonnais à la réclusion qui refermait ses pinces sur moi sans éprouver le moindrement du monde de quelconques considérations que ce soit pour mon appartenance à l’ordre du vivant ou, à défaut de quoi, à ma place dans le décor de cette scène qui était imprégnée du vivant; pour autant, j'en étais presque absolument certain.

En prenant possession de moi, la solitude avait, bien entendu, exercé une forme de pression sur mes épaules. En particulier, mon col qui, semblait-il, soutenait les tonnes de matériaux qui s'incarcéraient assez précipitamment dans mon os. Mais au-delà de ce rabattement physiologique, j’étais persuadé qu’il n’était pas encore temps d’user de mes mains en les lançant vers l’avant ou pour planter ici ou là un manège de l’esprit ou je ne sais quoi. Je m’idéalisais au centre d’une scène où, si je puis dire, le segment circulaire de la terre qui se trouvait sous mes pieds tournait à la manière des tictacs des aiguilles d’une grande horloge. Je m’idéalisais, prenant possession d’une espace mentale où se brouillerait une frontière liminale entre somnolence et hypervigilance et qui serait située, précisément, à l’endroit où les coups de la montre se faisaient entendre.

La bataille que me forçait à livrer le léger déséquilibre provoqué par ce mouvement du sol me semblait être tout à fait appropriée pour créer un tourbillon que je pourrais marcher, et marcher à souhait, sans avoir à faire d'effort. Pendant un très bref instant, j’ai rêvé de Christ et de sa tentation; puis, j’ai ouvert les yeux et, devant moi, s’étalaient sur le paysage, ruines et vestiges du théâtre que j’avais laissés, encore plus que marché, lorsque je poursuivais un huis clos avec la silhouette. Mais aussi, par la suite, ce tête-à-tête avec le luron.

Du point de vue que j’entretenais, les ruines se confondaient si bien avec le climat paysagé qu’elles entretenaient, à la fois, le doute et l’espoir qu’elles s’étendraient pour toujours, à perte de vue. Au fur et à mesure que de nouveaux témoignages du temps se dévoileraient. Je ne pus m’empêcher de me soucier de la pétrification de ma vue, ainsi privé, pour une rare fois, d’un horizon sur lequel frapper. Aussi, j’avais peur de faire un pas, un pas de trop, et de me retrouver bredouille, déçu. Il en allait de même pour ce que je regardais, avec les pas que je risquais de mes yeux : je tournais la tête pour découvrir, relever et accepter l’absence absolue de la silhouette. Elle avait disparu. Et pourtant, je voyais à perte de vue. Tout ce qui aurait pu être vu.

De ce côté, déjà, sans que je me trouble trop en avant, le cri sifflant et suraigu de ma réclusion se précipita sur mon oreille gauche comme une bouche pleine de dents en chaleur. Agacé, mais pouvant prétendre être encore un peu au-dessus de cette mêlée, j'ai forcé mon bras entre ce qui se trouvait sur la gauche et mon cerveau; mais pas avant d’avoir fermé la main en poing, afin de ne pas l’utiliser sans qu'une intention intime et exprimer par mes soins n’en constitue le principe premier.

Le temps m’avait manqué, pour ainsi dire : déjà la meurtrissure avait commencé à se strier sur tout le côté gauche de mon os, et bientôt, en vagues successives, je n’entendais plus qu’elle et ses plaintes. Je m’étais abandonné à ce sort, laissant la meurtrissure se casser à la manière d’un pic sur un bloc de glace. Ma boîte était toujours absolument froide, mais elle était maintenant forcée, percée, d’un côté à l’autre, d’un bout à l’autre, d'une oreille à l'autre.

Fixement, je posais les ruines et le théâtre qui étaient devant moi.

« J’ai besoin d’une scène, » me dit mon créateur.

J’enjambais un pas, puis un autre, avec détermination. Serein d’être à nouveau animé d’un rationnel. De plus, enveloppé et même envouté par mes souffles et la possession qu’ils prenaient de ma chair et de mon être, j'avançais vers le théâtre et j'y projetais, avec une fougue maîtresse, une image de moi, ragaillardi au milieu de toutes les ruines.

 
 
Sur les ruines du théâtre antique / 7.


Les morceaux, vestiges, ruines et autres dédales, devant moi, continuaient de payer tribut à la nature. Il m’était rassurant de poser les yeux sur eux, car ils empêchaient ma vue de fuir les murs invisibles des horizons. Ce qui ne me manquais pas de me faire craindre que, d’un moment à l’autre, je puisse paraître devant Dieu les yeux grands ouverts. J’aimais mieux fuir la rétine de mes yeux et marcher sur les restes d’une tragédie que de risquer de piocher à l’aveugle sur ces toiles, entêté à créer un avenir quelque part devant moi.

Dans les fins de la tragédie sur lesquelles je me trouvais, il m’était facile d’abandonner les relents qui continuaient d’occuper mon esprit sur Gizeh, les cracheurs de feu et de boucane. Aussi, je retrouvais une forme apparentée à la bonne humeur en prévoyant pouvoir me concentrer un peu mieux sur la sacralité, celle des scènes en particulier, afin de pouvoir peut-être concevoir quelques éléments qu’il me serait utile de partager avec mon créateur; lui, qui n’avait pu s'empêcher de dire abruptement, avec fracas, qu’il nécessitait une scène. Lui, aussi, qui m'avait induit dans ce souffle imparable de volition et de rationnels qui continuait, comme pour toujours, de me posséder.

En fait, j’étais dans une telle complétude qu’il m’était impossible de m’imaginer que, par l’imposition de mes mains, je pourrais asservir encore mieux les ruines et une bonne partie de l’antiquité qu’elles traînaient avec elles.

J’eus une envie pressante de me recroqueviller, probablement pour concentrer mes énergies sur les ruines et fuir d’autant plus mes rétines qui continuaient, elles, de poindre au bout de tous mes sens - mais je me ragaillardis aussitôt. Je n’avais ni à fuir ni à m'échapper des grandes toiles de mes rétines qui poussaient des sols comme les immenses gratte-ciels des villes situées à la fin des temps. Mes yeux, comme le reste de mon masque, s’étaient habitués à l’environnement lumineux, assez froid et sec, bleu transparent, qu’on aurait dit qu’il manquait d’opacité pour cacher complètement que la juxtaposition de ces phénomènes avait, en fait, une teinte vert crapaud qui gagnait en identité un peu plus à chaque instant.

C’était plein de confiance et, en plus, gaillard que j’allais imposer mes mains; les doigts, mais surtout les paumes, en premiers.

     - « Héros, tu ne peux pas m’avoir fait si faible ! Si faible que je laisse la sacralité venir vers moi ou, qu’à défaut de quoi, je m’enterre sans chercher ni d’issue ni même quelques sous-sols avec qui rompent les batailles ? »

Je n’avais même pas les paumes moites: je me savais avoir raison, ce qui alimentait puissamment l’asservissement que je m’étais mis à imposer à tout ce qu’il y avait sur les sols jusqu’à des distances vertigineuses, dans toutes les directions comme si celles-ci avaient été les wagons d’un même train de pensées. Sans véritablement faire le tourniquet - parce que je ne voyais pas de véritable utilité à risquer de m’étourdir pour planter un manège - je me sentais capable d’exercer un complet contrôle de l’environnement qui m’entourait, dans tout le pays, à la ronde.

Sis au centre d'une telle désolation, je cherchais à mieux comprendre mon créateur d’exprimer sans réserve qu’il nécessitait une scène: l’Islande ne voulait-elle plus rien dire pour lui ? Avait-il travaillé tout ce temps à faire de l’Islande rien de plus qu’une protubérance géologique ? Souhaitait-il que je me mette en danger afin d’accourir vers moi ? Valait-il mieux que je m'immole et que je lui laisse la scène, vide et asséchée, derrière moi ?

Devais-je me raisonner et accepter d’avoir été tout ce temps prisonnier d’une prolepse, à attendre les débuts d’une histoire, fût-ce pour qu’un monolithe m'écrase aussitôt cette histoire amorcée ?

J’étais tourné vers l’Islande et, a contrario, de l’instant précédent, je ne comprenais en rien le sens qu’elle avait ou avait pu avoir. Elle annonçait les débuts d’une histoire, me semblait-il, et je devais faire gaffe aux monolithes qui avanceraient sur moi. J’étais vivant, semblait-il, mais plus tout à fait certain de souhaiter être vieux longtemps.