À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après
Idéation de la Scène 9 : Dramaturgie lyriquefévrier 2025, Idéation scène 9, Vulgate synoptique, aria, ténor. Hymne au hiéroglyphesuivre l'évolution de la dramaturgie musicale |
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Ni catin, ni lapin Un hiéroglyphe - qui évoque des vagues: évocation de vagues -- de toutes les mers Toutes les mers, dans une seule - va-gue - ! Un seul océan, enfin, privé de ses tra-verses, de ses re-vers Et que surgissent comme des flam-mes Les vagues aux couleurs de pelures d’oranges Aux couleurs des flammes - les fruits gras ! Le miel du monde est bleu et va-cil-le du feu bleu qui vacille un feu qui valse depuis le ciel, oh ciel ! Je vous connais ! Scarabées d’or, oh ciel, je vous reconnais: mes mains faces et paumes, Se bri------sent en éclats sur le hiéroglyphe - oh, ma jeune première !, mon héroï--n-e ! Souffle, et repends vie - je nécessite maintenant tes magies, toutes tes magies. Depuis l'Égypte ancien-ne Jusqu'à aujourd'hui, effacez-vous pour être vivants, effacez-vous pour les êtres vivants! L'ordre du vivant sur nos bitumes à l'abris des ombres, où le soleil se casse, où se travestie d’oracle s’est enfin cassé pour de bon… Et où la mer, elle ! Continue de frapper Sur les plages de nos rétines Se cassent sur mes rétines ! …et leurs peaux, si tendre - si mince: Oh, Océan - continue de trembler ! Oï Oï |
Hymne au hiéroglypheAvec cet aria, le héros-librettiste cherche à transmuter une charge théâtrale en expression lyrique, afin de contrebalancer le théâtre du réel auquel il se livre : la mise en boîte de l’héroïne-tragique, sa bien-aimée jeune première. Il souffre d’orgueil, se sent enveloppé par elle, acculé à une défaite imminente. Il se sait jugé, harcelé, mais il puise en lui des forces antiques, exotiques et mystérieuses, et les érige en foi. Cette foi le transporte jusqu’à l’irréversible, jusqu’à ce qu’il chute comme un arbre sur l’océan, fendant Amérique insouciante en deux, scellant ainsi son acte dans une rupture qui réordonne le monde. |
Le miel bleu du monde et l'aria du hiéroglypheDans la scène 9 de la Vulgate synoptique, un aria se déploie comme un exorcisme, une insistance mystique, une tentative d'inscrire l'ordre du vivant sur le bitume du monde moderne. Son interprète, le héros-librettiste (ténor), plonge une main dans les sols passés sans jamais les voir, cherchant à puiser une force enfouie pour la projeter au-dessus de lui. Mais cette énergie ascendante se heurte à un obstacle : son propre masque, le devant de sa boîte crânienne. Tout comme Amérique insouciante de la scène 7 – corps primitif et fauve-vive, pulsation capturée dans la savane toute physique – le ténor de la scène 9 est pris dans un espace de tension : entre la terre et le ciel, entre le visible et l'invisible, entre la force du hiéroglyphe et l'empêchement du corps. Ce poème, que nous livrons ici, dialogue directement avec ces tensions. Il pose une question brute, qui hante la scène 8 : comment un vagin qui saigne peut-il être bleu ? Cette question, maladroite par essence, est pourtant une clé pour comprendre les transformations à l'œuvre dans le langage de l'opéra. L'or n'est plus l'or figé des temples antiques, il vacille, il danse, il émane du ciel sous la forme d'un feu tremblant. Le miel, qui devrait être l'essence douce et dorée du monde, est devenu bleu. Ce bleu n'est pas seulement celui des profondeurs, il est aussi celui de la chambre froide, celui de la morgue, celui d'une alchimie inquiétante qui défait les certitudes symboliques. L'écriture du ténor (i.e. le héros-librettiste), en ce point de la création, doit refléter cette oscillation : un chant qui tente de s'élever mais vacille, une proclamation qui se dérobe sous son propre poids. Le hiéroglyphe, dans sa bouche, ne se grave pas, il tremble. Ce n'est pas un savoir qu'il dispense, c'est un effroi. Il cherche à inscrire l'ordre du vivant, mais cet ordre, comme la mer de ce poème, se brise sur ses rétines. En partageant cette version du poème, nous donnons à voir non pas un aboutissement, mais une stratégie d'éclaircissement. L'aria de la scène 9, encore en gestation, se nourrit de ces images, de ces intuitions. Entre le hiéroglyphe d'or et la vague qui vacille, nous cherchons une voix capable de porter cette tension à son incandescence. |
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