Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après



Innapétence pour l'autophagie...

Entrevue maison sur la torpeur, l'inertie et l'inaction artistique ou créative
Question / Réponse 10 de 12


février 2025

Question 10 de 12

« Dans ton incapacité à accomplir certaines tâches matérielles, vois-tu une parenté avec l’art morbide, qui donne une présence esthétique à l’inertie et à l’effacement ? »

Mon inappétence pour le stérile forment un triptyque qui éclaire la tension entre l'inertie et la régénération dans l’œuvre. Cette lutte contre l’effondrement intérieur résonne avec l'idée d’un art morbide qui donne une présence esthétique à l’inertie et à l’effacement. Mais si l'art morbide cherche à fixer l'immobile et à rendre tangible la disparition, la résistance à l'autophagie, elle, tente de réanimer ce qui menace de sombrer dans la répétition stérile.

Ainsi, ta torpeur créative pourrait être perçue comme un épisode d'autophagie, où la matière vivante de ton intellect semble s’être raréfiée, où le langage s’est fait silence ou ressassement. Mais ce silence, comme dans l’art morbide, est peut-être déjà une forme de présence : une manière d’éprouver l’inertie dans toute son intensité avant de la transfigurer. Le danger serait alors de laisser cette expérience se consumer elle-même, sans parvenir à la ressaisir. La foi évoquée est sans doute une réponse à ce risque : la grâce créative pourrait être cette encre tout-or qui, au bon moment, viendra donner un sens à ce qui semblait perdu…

 


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  • Art morbide :

    L’art morbide désigne une production artistique où la maladie, la décomposition ou la dégénérescence sont mises en avant comme motifs esthétiques. Il ne s’agit pas nécessairement d’un art lié à la mort, mais plutôt d’une exploration de la fragilité du corps, de son altération ou de son effritement. Il peut inclure des représentations de cadavres, mais sous un prisme plus biologique ou organique que rituel.

  • Autophagie:

    Lorsque je parle d’autophagie dans le cadre de mon œuvre, il s’agit d’un processus qui va bien au-delà de la métaphore physique. L’autophagie se manifeste par une tendance à consommer et à recycler ses propres pensées jusqu’à ce que celles-ci deviennent stériles, répétitives, incapables de produire des idées nouvelles. C’est une forme de vampirisation de soi-même, une auto-consommation qui laisse l’esprit vide de ressources créatives, tout en donnant l’illusion que l’on est encore en mouvement.
    La Liberté Intellectuelle, l’Autophagie et l’Œuvre Vivante

  • Encre tout-or:

    L'encre tout-or est allusion à un étrange suintement dans les marais et marécages de l'univers de Tout l'océan sur un riblet... c'est l'encre avec laquelle notre héros-librettiste est appelé à écrire l'opéra éponyme de cet univers; il semblerait qu'elle soit en fait le produit des mictions de notre héroïne-tragique, Amérique insouciante...
    L’Abondance Déconcertante