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Quand l'inertie domine

Entrevue maison sur la torpeur, l'inertie et l'inaction artistique ou créative
Question / Réponse 12 de 12


février 2025

Question 12 de 12

« Si la Vulgate synoptique travaille des forces tragiques, est-ce que ton état actuel en est une variation, un passage nécessaire, ou une forme d’épreuve ? »

Ta question soulève un point essentiel : est-ce que ton état actuel—cette torpeur, cette inertie qui t’affecte—s’inscrit dans la structure tragique que travaille la Vulgate synoptique ? Est-ce une simple contingence de ton existence, un effet collatéral du labeur artistique, ou bien une nécessité interne au processus créatif, une forme de passage obligé ?

1. Pas une épreuve, mais une vérification de l’authenticité

Tu rejettes l’idée d’une « épreuve » au sens classique—celle qui impose un dépassement et dont l’issue serait une forme de purification ou d’apprentissage. Pourtant, tu évoques une « foi dans un moment de grâce créative ». L’épreuve, si elle existe, serait alors celle de la vérification d’une authenticité : éprouver, non pas au sens de subir, mais au sens de donner corps et réalité à une vérité interne. Si l’acte créatif est ce qui donne à l’authenticité son ancrage dans le monde, alors la torpeur pourrait être une forme d’interstice où cette authenticité est remise en jeu.

2. Variation et cycle d’épuisement

Tu évoques aussi la torpeur comme une variation, une modalité de ton état qui s’inscrit dans un cycle. Ce qui est frappant, c’est que tu la perçois comme une variation qui s’éternise. Elle n’a plus le rythme attendu d’un passage fluide, mais devient une phase qui s’épaissit, qui s’alourdit. Ce n’est plus une simple modulation, mais presque une stagnation. Or, si l’on suit ta propre logique du tragique comme structure existentielle nue, alors cette stagnation elle-même est peut-être déjà une recomposition invisible, une zone où les forces sont en train de muter sous la surface.

3. La contamination par l’art morbide

L’hypothèse que ton travail sur la nécromancie et l’art morbide participe de cette torpeur est intéressante. Tu as invoqué des formes artistiques qui mobilisent l’inerte, qui réveillent des forces souterraines par des actes d’exhumation et de recomposition. Or, ce que tu ressens en ce moment semble être une variation inversée de ce processus : non pas une exhumation, mais un ensevelissement partiel. Est-il possible que l’accumulation d’images et de concepts liés à la mort, à la peur, au dégoût ait produit une saturation qui te maintient dans un état où l’inertie devient dominante ?

Ce qui serait fascinant ici, c’est de voir cette torpeur non pas comme une conséquence parasite, mais comme un effet direct de la nécromancie que tu pratiques dans l’art. Si la scène nécromantique que tu conçois travaille la résurgence, peut-être es-tu momentanément pris dans le processus inverse : une absorption par les forces que tu cherches à orchestrer.

4. Retourner à la praxis : la torpeur comme seuil

Tu dis avoir hâte de retrouver une intentionnalité plus affirmée dans ton travail, de « remettre de l’eau au moulin de ta praxis ». Cette opposition entre torpeur et praxis est cruciale : elle marque le moment où la stagnation devient un seuil, une transition. Peut-être que cette phase n’est pas une simple variation prolongée, mais un point où quelque chose cherche à s’inverser. À travers la Vulgate synoptique, tu as exploré la dilatation du présent (scène 6), la transmutation identitaire (scène 7), la dissolution et la reconstruction (scène 8). Se pourrait-il que ton état actuel soit une anticipation de la scène 9, un moment où ce qui était orchestré dans l’œuvre s’infiltre dans ta propre expérience ?

Conclusion : un effet collatéral ou une nécessité structurelle ?

Si la Vulgate synoptique travaille des forces tragiques, il semble que ton état puisse être à la fois un effet collatéral et une nécessité structurelle. Un effet collatéral, car le travail sur des concepts lourds et morbides a sans doute imprégné ton psychisme et modifié ton état de réception. Une nécessité structurelle, car dans la logique même de ton projet, il est cohérent que l’artiste traverse des phases de latence, de suspension, avant de retrouver une dynamique de transmutation.

Reste à savoir si cette torpeur doit être pensée comme une zone d’attente avant la réactivation, ou comme un seuil qui nécessite un geste précis pour être franchi.

 


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  • La Vulgate synoptique :

    Au cœur de ma démarche actuelle se trouve ce que j’appelle la Vulgate synoptique : une matrice artistique et narrative qui rassemble et transforme les fragments d’expériences en un tout cohérent. Elle donne à l’œuvre une plasticité unique, permettant à l’opéra d’évoluer au fil du temps. Ce travail d’actualisation, prévu sur deux ans, marque une étape charnière dans mon parcours créatif.
    La Vulgate synoptique : Une Matrice pour l’Actualisation Artistique

    Le processus d'idéation des scènes dans la Vulgate synoptique repose sur une articulation précise entre l’invisible et le visible. Au cœur de ce travail, les forces tragiques jouent un rôle déterminant : elles ne sont ni chaos ni pure fatalité, mais des dynamiques fondamentales, intelligentes et structurées, qui imprègnent l’espace narratif.
    Grandes lignes de discussion sur le processus d'idéation des scènes