À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après
Proche ou loin de la vérité ?Entrevue maison sur la torpeur, l'inertie et l'inaction artistique ou créative
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La torpeur est un état ambigu. Elle me détache des exigences du monde extérieur, mais en même temps, elle m’éloigne de la maîtrise que j’exerce sur ma propre pensée. Dans cet entre-deux, je ne suis ni pleinement lucide ni totalement absent. Suis-je alors plus proche ou plus loin de ce qui est vrai en moi ? Si je considère la vérité comme une stabilité, une correspondance entre mon intériorité et une forme fixe de moi-même, alors la torpeur m’en éloigne. Mais si je la pense comme un processus, un mouvement où le vrai ne se donne pas comme un point d’arrivée mais comme un jeu d’intensités, alors cet état flottant devient une ouverture. Il déstabilise mes repères, il dissout mes structures mentales trop rigides. Loin d’être un simple engourdissement, il fracture l’évidence et me place dans un espace où l’inachevé, l’ambigu, l’indécis ne sont plus des failles mais des dynamiques créatrices. Car la vérité de l’expérience n’est pas nécessairement celle qui s’énonce avec clarté et précision. Elle peut être ce qui s’impose sans justification, ce qui est vécu avec une intensité irréfutable. L’authenticité n’est pas une correspondance fidèle à soi, mais une présence intérieure qui ne se mesure pas à son intelligibilité. Dans cette perspective, la torpeur n’est pas une rupture avec la vérité, mais une condition où elle se manifeste autrement, sans nécessité d’explication, dans une forme d’opacité qui n’enlève rien à sa force. Cette opacité est au cœur du geste artistique. Construire une forme qui n’existe pas encore, c’est accepter qu’elle demeure un chantier, une cathédrale intérieure toujours en cours d’élévation. L’artiste ne fixe pas son identité dans une structure close ; il l’habite tout en la bâtissant. Et cet édifice n’est pas destiné uniquement au regard extérieur : il est d’abord un lieu d’expérimentation intime, un espace où la matière de la création n’est jamais entièrement digérée, toujours revisitée, réabsorbée, altérant l’artiste lui-même au fil du processus. Ainsi, la torpeur ne me rend ni plus proche ni plus loin de ce qui est vrai en moi, mais elle me met en présence d’une vérité qui ne se donne pas sous forme de réponse, mais de tension. Elle me déloge, m’empêche de me fixer dans un état définitif, et c’est peut-être là que réside une part essentielle de ce qui m’anime : dans ce mouvement où je ne possède jamais totalement ce que je cherche, mais où l’éloignement et la proximité se recomposent sans cesse. | |
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