À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après
Torpeur et engagement, un ménage troubleEntrevue maison sur la torpeur, l'inertie et l'inaction artistique ou créative
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Il me semble difficile de considérer la torpeur comme une forme de résistance à un monde en mouvement, non par aveuglement face à sa force d’inertie, mais parce que je n’y perçois pas de véritable dynamique transformatrice. La résistance implique une tension active, une contre-force qui, même en s’opposant, participe au jeu des forces en présence. Or, la torpeur, telle que je l’éprouve, est un espace de stagnation qui ne me semble pas produire cette dialectique. Dans ma pratique artistique, la "praxis" est en perpétuel mouvement, non pas dans une agitation fébrile, mais dans un engagement à la réactualisation, à la mémoire des expériences qui l’ont nourrie, à l’examen rigoureux de ce qui mérite d’être cultivé. En ce sens, la torpeur m’apparaît moins comme un repli stratégique que comme un écart prolongé, un temps où le jardinier de ma démarche, fidèle à certaines exigences, peine à discerner l’utile du superflu, à reconnaître ce qui peut s’intégrer dans le processus créatif. Ce n’est pas une posture de résistance, mais un état de latence où la frustration s’accumule en l’absence de transformation perceptible. Les textes de référence invitent pourtant à reconsidérer cette latence sous un autre prisme. Dans Créer en l'absence de grâce, l’idée que l’artiste ne détient pas tout le pouvoir sur l’œuvre mais doit dialoguer avec la matière, avec l’invisible qui la traverse, ouvre une perspective où la torpeur pourrait être perçue non comme un obstacle, mais comme un état liminaire. Il ne s’agirait pas tant de lutter contre ce creux que d’apprendre à l’habiter, à le reconnaître comme un terrain d’exploration. Mais cela suppose une posture d’écoute active, un "travail sans grâce" qui reste une forme d’action, d’engagement. De même, Les hésitations et les doutes sont des matières premières suggère que l’incertitude peut être motrice, que les périodes de crise personnelle ou de suspension ne sont pas vides de sens, mais des seuils où quelque chose peut se transformer. Là encore, une nuance apparaît : la torpeur, si elle devient un espace de gestation, peut potentiellement se révéler féconde. Mais si elle se prolonge au point d’annuler tout mouvement, elle ne résiste pas au monde ; elle s’y dissout. Ainsi, ma réponse demeure négative, mais avec une inflexion : la torpeur n’est pas résistance, mais elle peut contenir, en creux, les prémices d’un sursaut, à condition qu’elle ne soit pas un pur abandon. Peut-être que ce jardinier fatigué, qui doute de sa capacité à discerner le bon grain de l’ivraie, ne doit pas chercher à forcer la croissance, mais simplement à attendre que quelque chose se manifeste à nouveau à lui. | |
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