Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

PRÉAMBULE

À mesure que l’œuvre s’affine, que ses motifs s’installent et que son auteur se voit devenir un personnage à part entière, une question traverse la matière comme une nervure fragile mais tenace : comment maintenir, retrouver ou convoquer l’élan ? Comment la création reste-t-elle vive alors que les formes se fixent ? Cette entrevue cherche à explorer les frictions, les risques et les potentiels de ce moment où l’on devient un peu soi-même son propre style.



Question No 10:

Comment savoir si un retour du même est un approfondissement ou un épuisement ? Existe-t-il des signes, des symptômes, des seuils ?

18 mai 2025.

Réponse No 10 – Le retour du même : élan ou engourdissement ?

Je crois avoir un biais naturel pour l’approfondissement. Lorsque quelque chose revient, je suis spontanément porté à le percevoir comme une spirale, une descente vers un noyau encore plus enfoui — soit vers l’ordre du très grand, du cosmique, soit vers celui du très petit, de l’incréé, de l’invisible. Dans les deux cas, le regard se resserre, les repères deviennent flous, et il faut une certaine patience pour continuer. Une patience parfois démesurée au vu des bénéfices tangibles.

Il arrive que cette spirale se mue en découragement, surtout lorsque l’élan s’effrite, que le goût se perd. Alors, ce retour du même ne ressemble plus à un approfondissement, mais à un seuil creux, un fond instable, d’où il devient difficile d’émerger. Un endroit sans appel où l’on perd jusqu’à la capacité de solliciter son propre éveil.

C’est sans doute cela, l’épuisement : non pas l’absence de répétition, mais la répétition qui a cessé d’être signifiante. Celle qui tourne à vide, hors sol, loin de la pulsation initiale. Un retour du même devenu écho assourdi, sans tension ni tremblement.



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