Réponse No 11 – L’œuvre peut-elle se redémarrer d’elle-même ?
J’ai envie de croire que l’œuvre porte en elle un point d’origine, et qu’en puisant dans ce foyer initial, de nouveaux ressorts peuvent se révéler. Le redémarrage ne viendrait donc pas toujours de l’extérieur, mais d’une plongée plus profonde dans ce qui, au départ, a rendu l’œuvre possible — comme si l’origine, loin d’être un événement passé, était un réservoir en mouvement.
Mais il y a aussi une autre vérité : l’œuvre emporte ce point d’origine avec elle. Elle le déplace, le transforme, le rend méconnaissable, au point que l’artiste et son œuvre finissent parfois par entretenir une forme d’altérité l’un pour l’autre. C’est un déplacement qui crée une étrangeté productive.
L’autofiction me semble un bon médium pour mettre cela en tension : elle permet de maintenir une proximité avec ce qui est fictif, et donc d’éprouver l’altérité au cœur même de l’intime. Cela crée un espace double où l’on peut dialoguer avec soi comme avec un autre.
Je ne dirais pas que le moteur créatif vient toujours d’un contact avec l’altérité. Mais il est certain que ces frictions — avec l’étrange, l’étranger, ou simplement ce qui résiste — alimentent puissamment l’imaginaire. Dans les périodes de découragement ou d’épuisement, ce sont souvent ces frottements extérieurs qui ranimement la braise.
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