Réponse No 3 – L’élan, l’excès, et ce qui tient
Je reconnais de plus en plus l’importance, pour moi, d’une phase d’accumulation avant que le geste créatif ne prenne forme. Il me faut du temps pour que quelque chose se densifie – pas seulement des idées, mais une sorte de charge intérieure, presque physique, qui finit par chercher sa forme. Ce que je nomme « élan créatif », je ne le vois pas comme une fulgurance, mais comme un point d’ébullition après incubation. Une condensation de tout ce que j’ai laissé mijoter en silence.
Cela étant dit, je me surprends à me méfier des postures trop radicales, même si je les ai parfois habitées avec ferveur. Les injonctions du type « écris comme si ta vie en dépendait », ou « ose ce qui dérange, ce qui fait peur à l’ordre établi » peuvent être nécessaires, précieuses même, à certains moments du parcours. Mais à force, elles risquent de devenir des simulacres d’intensité – des formes apprises de bravoure que l’on rejoue, plutôt qu’un véritable contact avec ce qui cherche à émerger. La radicalité, si elle n’est pas nourrie d’écoute, peut se figer en posture.
Je crois de plus en plus que créer, c’est revenir à un ancrage. Pas un repli, mais un appui – ce que j’appelais plus tôt ma vérité ontologique : ma propre plasticité, l’espace que j’habite, ce que je fais avec ce qui est sous la main. La forme ne vient pas contre l’élan, elle vient depuis lui – mais à condition de savoir rester à l’écoute, même de ce qui s’écarte du spectaculaire.
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