Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

PRÉAMBULE

À mesure que l’œuvre s’affine, que ses motifs s’installent et que son auteur se voit devenir un personnage à part entière, une question traverse la matière comme une nervure fragile mais tenace : comment maintenir, retrouver ou convoquer l’élan ? Comment la création reste-t-elle vive alors que les formes se fixent ? Cette entrevue cherche à explorer les frictions, les risques et les potentiels de ce moment où l’on devient un peu soi-même son propre style.



Question No 3:

Le momentum créatif — cet élan parfois viscéral — se laisse-t-il canaliser dans une œuvre dont la forme devient plus précise ? Ou faut-il toujours une part de fuite, de débordement ?

18 mai 2025.

Réponse No 3 – L’élan, l’excès, et ce qui tient

Je reconnais de plus en plus l’importance, pour moi, d’une phase d’accumulation avant que le geste créatif ne prenne forme. Il me faut du temps pour que quelque chose se densifie – pas seulement des idées, mais une sorte de charge intérieure, presque physique, qui finit par chercher sa forme. Ce que je nomme « élan créatif », je ne le vois pas comme une fulgurance, mais comme un point d’ébullition après incubation. Une condensation de tout ce que j’ai laissé mijoter en silence.

Cela étant dit, je me surprends à me méfier des postures trop radicales, même si je les ai parfois habitées avec ferveur. Les injonctions du type « écris comme si ta vie en dépendait », ou « ose ce qui dérange, ce qui fait peur à l’ordre établi » peuvent être nécessaires, précieuses même, à certains moments du parcours. Mais à force, elles risquent de devenir des simulacres d’intensité – des formes apprises de bravoure que l’on rejoue, plutôt qu’un véritable contact avec ce qui cherche à émerger. La radicalité, si elle n’est pas nourrie d’écoute, peut se figer en posture.

Je crois de plus en plus que créer, c’est revenir à un ancrage. Pas un repli, mais un appui – ce que j’appelais plus tôt ma vérité ontologique : ma propre plasticité, l’espace que j’habite, ce que je fais avec ce qui est sous la main. La forme ne vient pas contre l’élan, elle vient depuis lui – mais à condition de savoir rester à l’écoute, même de ce qui s’écarte du spectaculaire.



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