Réponse No 4 – Le contour, le culte et la perméabilité du réel
Il m’arrive de sentir que les contours de l’œuvre forment un écran — non pas un mur, mais une zone de diffraction entre le réel et ce que j’en perçois. Ces moments ne sont ni permanents ni systématiques; je les reconnais davantage comme des tentations, au sens large du terme. Des tentations de retrait, de fascination pour la forme en train de se refermer, de culte discret pour les motifs qui se cristallisent. Non pas un culte pompeux, mais quelque chose de l’ordre du soin, de la répétition habitée, peut-être même de l’obsession féconde.
Il y a une part de moi qui aimerait vivre dans cette forme — y habiter à plein, en faire un monde. Et une autre qui se méfie: qui continue d’intellectualiser le lien entre l’œuvre et le réel, comme si ce travail de pensée pouvait me servir de rempart. Rempart contre quoi? Peut-être contre la confusion, contre la perte de repères. Ou, pour le dire plus brutalement: contre la folie.
Mais ce barrage est aussi une disposition: une manière d’habiter l’écart entre le geste artistique et la vie ordinaire. J’aimerais croire qu’en creusant ce lien — en acceptant que la forme de l’œuvre ne soit pas une fuite du réel mais une interface — quelque chose s’ouvre, se rend perméable. Et que cette perméabilité soit elle-même une matière, un milieu où continuer à vivre, à créer, à penser — sans dissocier.
*