Réponse No 5 – L’habitude comme sol gestationnel
Ce qui me trouble avec la fatigue, ce n’est pas tant l’épuisement du corps que la perte d’un certain état d’esprit — cette zone fragile, presque translucide, où la création devient possible. L’agacement que cela suscite chez moi a parfois les allures d’une hantise. Est-ce que le thème de la dissolution, qui traverse mon œuvre, en est la cause ou le symptôme? Je n’en suis pas certain. Mais il y a là, assurément, un point de tension.
Je reviens souvent à cette phase d’accumulation que j’ai mentionnée plus tôt — un temps horizontal, fait de gestes simples, de silences, de non-perturbations. Ce temps-là est une habitude, oui, au sens noble: un socle discret où quelque chose se dépose, s’épaissit. Et lorsque l’élan créatif revient, c’est parfois avec une structure étonnamment claire, presque autonome. Comme si la forme avait germé à l’insu de mon vouloir, s’était élevée seule à partir de cette nappe lente.
Alors peut-être que l’habitude, loin d’être un simple outil de régularité, est ce qui permet à l’invisible de se structurer. Ce n’est pas la répétition qui fait style, mais la manière dont cette répétition organise l’attente, accueille le surgissement. L’habitude ne me fixe pas; elle me garde vivant, comme une berge tient le fleuve.
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