Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

PRÉAMBULE

À mesure que l’œuvre s’affine, que ses motifs s’installent et que son auteur se voit devenir un personnage à part entière, une question traverse la matière comme une nervure fragile mais tenace : comment maintenir, retrouver ou convoquer l’élan ? Comment la création reste-t-elle vive alors que les formes se fixent ? Cette entrevue cherche à explorer les frictions, les risques et les potentiels de ce moment où l’on devient un peu soi-même son propre style.



Question No 7:

Que faites-vous lorsque l’élan créatif se retire ? Y a-t-il des gestes, des lectures, des formes d’errance qui vous aident à redevenir poreux au monde ?

18 mai 2025.

Réponse No 7 – Quand l’élan se retire : rêver un peu, pour redevenir poreux

Lorsque l’élan créatif se retire — ce qu’il fait, régulièrement — j’en viens souvent à cette simple réalisation : j’ai besoin de rêver, au moins un peu. Non pas fuir, ni m’abstraire du réel, mais amorcer une distanciation douce avec les limitations plus physiques de l’expérience. Il suffit parfois de s’imaginer ce besoin, de lui faire une place mentale, pour que naisse une atmosphère propice.

Un calme s’installe alors. Il n’est pas passif, ni décoratif, mais habité — comme un palais discret dont les pièces s’ouvrent sur des intuitions, des réponses, ou des formulations qui, même énigmatiques, semblent m’être destinées. J’y entre en silence, presque toujours seul, mais avec l’impression que quelque chose, déjà, m’y attendait.

Ce geste de rêver — qu’il s’incarne dans une lecture, une marche, une pensée suspendue dans l’air — réintroduit de la porosité. Il me permet de redevenir traversé, touché. C’est peut-être ça, mon rituel d’errance : m’autoriser à croire que certaines réponses veulent venir à moi, à condition de créer pour elles une demeure.



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