Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

PRÉAMBULE

À mesure que l’œuvre s’affine, que ses motifs s’installent et que son auteur se voit devenir un personnage à part entière, une question traverse la matière comme une nervure fragile mais tenace : comment maintenir, retrouver ou convoquer l’élan ? Comment la création reste-t-elle vive alors que les formes se fixent ? Cette entrevue cherche à explorer les frictions, les risques et les potentiels de ce moment où l’on devient un peu soi-même son propre style.



Question No 8:

Dans votre vocabulaire esthétique, quelle est la place du mot “folie” ? Est-elle une énergie, une posture, un vertige nécessaire ?

18 mai 2025.

Réponse No 8 – Folie : une fin (pas si) terrible

Je pense que la folie est quelque chose que je devrais embrasser plus souvent. Elle me fait peur, bien sûr — et je ne suis sans doute pas le plus brave lorsqu’il s’agit de l’approcher à visage découvert. Il y a, dans son halo, quelque chose d’à la fois attirant et fuyant, comme une lumière interdite dont je devine les bienfaits et les dangers.

Dans l’univers de Tout l’océan sur un riblet, le héros s’engage dans la création d’un opéra avec, pour seul viatique, la certitude qu’au pire, il finira comme Nietzsche. Est-ce une fin si terrible ? Peut-être pas. Peut-être même est-ce une forme d’accomplissement — une ligne de fuite dans la lucidité extrême, où la pensée se brûle à sa propre intensité.

La folie, si elle surgit, n’est jamais là pour faire genre. Elle est une compagne possible, une conséquence logique, une verticale de sens qu’il faut parfois consentir à effleurer, même si l’on sait qu’elle mord.



*