Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

PRÉAMBULE

À mesure que l’œuvre s’affine, que ses motifs s’installent et que son auteur se voit devenir un personnage à part entière, une question traverse la matière comme une nervure fragile mais tenace : comment maintenir, retrouver ou convoquer l’élan ? Comment la création reste-t-elle vive alors que les formes se fixent ? Cette entrevue cherche à explorer les frictions, les risques et les potentiels de ce moment où l’on devient un peu soi-même son propre style.



Question No 9:

Quand un motif se répète trop, le laissez-vous se fossiliser, ou cherchez-vous à le trahir ? Et la trahison d’un motif est-elle une forme d’hygiène pour l’élan ?

18 mai 2025.

Réponse No 9 – Fidélité aux motifs, ou comment transgresser sans trahir

Je ne crois pas être naturellement tenté par la trahison. Pas dans le sens où elle serait un geste salutaire ou une hygiène nécessaire pour entretenir l’élan créatif. Si je dévie d’un motif, c’est peut-être à la manière d’un rejet dans un poème — un écart formel, une respiration déplacée, mais qui reste attachée à l’onde du sens.

Il m’arrive, bien sûr, de transgresser les lois internes de mes herméneutiques. Cela peut répondre à une nécessité esthétique. Mais je remarque que je reviens presque toujours à l’éthique première : celle qui prévalait au moment de l’émergence du motif, ce noyau d’intention originelle, parfois idéalisé, souvent rêvé. Il faut, pour que la transgression fonctionne, qu’elle puisse encore dialoguer secrètement avec l’élan initial.

Je ne vois donc pas dans la trahison un geste d’hygiène, mais plutôt un moment de doute. Une perturbation dans la courbe du caractère, dans l’équilibre de ce qui me permet d’exister en relation avec l’œuvre. Et s’il y a un geste à poser, ce n’est peut-être pas celui de trahir, mais de recomposer une fidélité active, moins figée, plus plastique.



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