Scène 8 - *Oracle*
Oracle…
Oracle, oracle !
À qui appartiennent
ces bras
qui se soulèvent de sous la terre ?
À qui appartiennent
ces bras sans corps
qui remontent des profondeurs
pour faire valser les sols
que nous foulons ?
Qui donc, sous nos pas,
tourne la terre ?
Qui la soulève ?
Qui la retourne ?
Et qui transforme nos chemins
en dunes,
nos chemins en dunes
qui rongent nos pas,
qui cangrènent nos pas,
qui nous apprennent à marcher
sur ce qui déjà nous engloutit ?
Oracle !
Les ancêtres
se souviennent.
Ils se souviennent de la Valse.
Ils se souviennent
qu'un jour
ils furent vivants,
et qu'un jour
ils moururent.
Mais les morts
n'ont pas oublié de danser.
Ils nous invitent.
Ils nous appellent.
Ils nous prennent par la main
dans l'invisible.
Ils nous font tourner,
coller,
coller encore,
corps contre corps,
vivants contre morts,
morts contre vivants,
dans cette grande danse
dont nous ne connaissons plus
la musique.
Et pendant ce temps,
nous souffrons.
Nous cherchons
comment tuer Dracula,
comment tuer Manson,
comment tuer l'Éventreur,
comment enfin donner un nom
à celui qui vient après eux.
Mais l'Éleveur de lapins
poursuit sa quête.
Il retire les peaux.
Il les arrache au monde
pour les donner à l'atmosphère.
Il cherche le climat parfait,
la température parfaite,
le jardin parfait
où la chair ne tremblerait plus.
Des jardins adoucis.
Des jardins humides.
Des sables mouillés.
Et voici que le sable
commence à vivre.
Écoutez !
Le sable respire.
Le sable palpite.
La matière première du sable
devient un cœur.
Un cœur !
Un cœur enfoui
sous les jardins,
sous les dunes,
sous les pas
que nous continuons de marcher.
Et peut-être est-ce cela
que les morts nous demandent.
Non pas de les rejoindre.
Non pas de mourir avec eux.
Mais de continuer.
De continuer à faire vibrer
la vie au-dessus d'eux.
Car sous nos pieds,
dans les gouffres
où nous enterrons encore
ce que nous ne savons plus nommer,
quelque chose travaille.
Quelque chose danse.
Quelque chose respire.
Les ancêtres dansent.
Les ancêtres soulèvent la terre.
Les ancêtres retournent les dunes.
Et nous marchons.
Nous marchons
sur ce qu'ils ont soulevé.
Nous marchons
sur ce qu'ils ont enterré.
Nous marchons
sur ce qui nous enterre.
Oracle !
Oracle, oracle !
À qui appartiennent
ces bras
qui se soulèvent de sous la terre ?
À qui appartient
la danse ?
À qui appartient
la terre ?
À qui appartient
le cœur
qui bat sous nos pas ?
Oracle…
Réponds-nous.
Ou bien ne réponds pas.
Car peut-être
que nous avons enfin compris :
ce n'est pas la terre
qui tremble sous nos pieds.
C'est le monde des morts
qui continue
de nous faire danser.
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