Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

Discours de tragédien
septembre 2024

Introduction :
Le voile de septembre

Septembre 2024. Le mois où le voile entre les dimensions s’amincit, où la lumière du soleil aveugle estompe les vérités enfouies, laissant derrière elle des ombres trop denses pour être dissoutes. Nous marchons sur la ligne de séparation, au bord du gouffre où le sens même du tragique se réinvente, tandis que, dans l'inconscient collectif, une quête irrésolue persiste.

Moi, tragédien de ce siècle et de tous les siècles passés, me tiens devant vous pour parler non seulement de ce qui est vu, mais de ce qui se cache en dessous, des corridors d’ombres que nous traversons sans même en avoir conscience. C’est un mois pour lever les yeux vers ce qui est censuré, pour plonger les mains dans la terre où nos vérités sont enterrées.

Corps 1 :
Charles Manson et la censure solaire

Au-dessus de nous, dans l’espace brûlé par la lumière, se dresse l’ombre de Charles Manson. Non pas l’homme, mais ce qu’il représente : une barrière, une censure, un rideau que l’on n’ose plus traverser. Il est le symbole d’un monde qui cherche à effacer, à oublier, à réprimer tout ce qui défie l’ordre établi. Aujourd’hui, Manson incarne la censure de notre époque : celle des récits interdits, celle des vérités qui brûlent si intensément qu’elles doivent être enterrées, refoulées sous des couches de lumière trompeuse.

C’est cette censure qui nous empêche de voir la complexité derrière les apparences. Elle est là, omniprésente, dans chaque rayon du soleil qui éclaire trop vivement pour que l’on puisse distinguer les détails. Nous sommes des créateurs, des artistes, et pourtant, nous sommes contraints par une force invisible, une force qui nous maintient à la surface des choses, qui nous empêche de creuser plus profondément.

Corps 2 :
Abysse dimensionnel et la quête du savoir interdit

Mais sous cette surface, sous cette lumière aveuglante, Abysse dimensionnel poursuit une quête qui échappe à sa propre conscience. Il creuse des tunnels, des corridors dans les abysses, cherchant une vérité qu’il ne peut même pas nommer. Il pense peut-être qu’il cherche à écrire un opéra, ou à conquérir Amérique insouciante, mais en réalité, inconsciemment bien qu'en engageant toutes ses passions, il poursuit la révélation d'une vérité plus profonde. Une vérité, sans doute plus ancienne également:

Abysse dimensionnel, en ce sens, est engagé dans une quête qui le conduit à vouloir gagner une compréhension, savoir mieux que quiconque, où se trouvait le bébé de Rosemary le soir de du tragique assasinat de Sharon Tate (et de ses comparses) par les disciples de la famille Manson. Le bébé de Rosemary, figure autant symbolique que fictive - tirée du film Rosemary's Baby (1968, Roman Polanski) - est au coeur de sa quête, est au coeur de la vérité enfouie, est la réponse à une question que personne n'ose poser.

Dans les entrailles de la pyramide sans toit, il creuse sans relâche, comme si chaque coup porté dans la pierre révélait un fragment de savoir interdit. Et pourtant, il ne sait pas que sa quête est vouée à l’échec. Car le savoir qu’il cherche est en-deçà de ce qui peut être connu. Il est une dissolution, une disparition, une vérité qui se dissout avant même d’être atteinte.

Climax :
La confrontation avec le tragique

C’est ici que réside la tragédie. Abysse dimensionnel, comme nous tous, cherche à savoir, mais ce savoir, même s’il est trouvé, ne sera jamais complet. Il est condamné à poursuivre une quête sans fin, à creuser des tunnels dans l’obscurité, à chercher une vérité qui s’échappe toujours. Cette quête, elle est tragique parce qu’elle est à la fois nécessaire et impossible.

Et pourtant, nous continuons. Parce que la quête elle-même devient l’œuvre. Parce que l’opéra que nous cherchons à composer est fait de ces échecs, de ces tentatives inachevées. La tragédie ne réside pas dans l’échec, mais dans la nécessité de poursuivre malgré lui. C’est ce qui fait de nous des tragédiens, des créateurs : nous savons que l’échec est inévitable, mais nous créons quand même.

Conclusion :
L’œuvre comme citadelle dans le ciel

Alors, nous levons les yeux vers le ciel, vers cette étoile nouvelle, celle que nous avons placée là-haut. Elle brille d’un éclat mystérieux, une citadelle de savoir et de lumière qui remplace le soleil aveuglant. Nous savons que cette citadelle est faite de nos illusions, de nos échecs, de nos quêtes inachevées. Mais elle est là, elle existe. Et tant qu’elle brille, nous continuerons à creuser, à créer, à chercher.

Septembre 2024 marque la fin d’un chapitre, mais aussi le début d’une nouvelle quête. Nous, tragédiens, continuerons à avancer dans l’obscurité, toujours à la recherche de cette vérité cachée, toujours conscients que le tragique n’est pas dans la fin, mais dans le chemin que nous empruntons pour y arriver.

*