À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après
Le tragédien-librettiste et l'esthétique de la dissolution -Discours d'artiste (Daniel Quimper)Nous sommes tout, et nous sommes rien. L'œuvre ne naît pas de ce que nous maîtrisons, mais de ce que nous perdons.
L'artiste est une silhouette errante, un Abysse dimensionnel, écartelé entre la dissolution et la reconstruction, entre la nécessité de se dissoudre et celle de garder des balises. C’est dans cette tension que j’évolue, en tant que tragédien-librettiste du 21e siècle. Je m'intéresse à l'effondrement des formes. Dans mes œuvres, les idées, les sentiments et les intuitions ne se contentent pas de surgir comme des entités abstraites ; elles se dissolvent et se reformulent sans cesse, tout comme l’homme, tout comme moi-même. Il est essentiel de reconnaître la force du vide, non pas comme une absence, mais comme une présence structurante qui, malgré sa brutalité, me tient en mouvement. C’est une présence, à la manière de Caïn, marqué pour errer sans jamais périr complètement, ou à l’image du requin blanc, qui recycle tout autour de lui sans jamais s’attacher aux formes précédentes. Mon art est un chemin vers l’artificialité, mais jamais déconnecté de ce que nous croyons être la nature. Le placenta est décapité, le lien biologique se rompt, pour nous mener vers l’épure d’une nouvelle création : une citadelle dans le ciel, construite à partir des restes d’un monde effondré. En tant que tragédien, je me bats avec l'idée de la solitude, mais je la réinvente. L'œuvre ne peut pas naître de l'isolement complet, elle doit s'accrocher à quelque chose d’extérieur : Amérique insouciante, un écho, une étoile primitive qui scintille et qui me rappelle que je ne suis pas seul. Elle est cet autre, à la fois désirable et inaccessible, une force d'altérité qui éclaire mon chemin tout en me forçant à rester en mouvement. En elle, je trouve l'équilibre entre dissolution et survie. Mon travail est une recherche d'équilibre dans la perte. Il ne s'agit pas de préserver ce qui a été, mais de reconnaître ce qui reste quand tout semble s'effondrer. Cette persistance, c’est le moteur de ma tragédie, et aussi celui de mon opéra : Tout l’océan sur un riblet. L’auto-héros, Abysse dimensionnel, n’est jamais totalement seul, car dans la dissolution réside toujours un autre, une présence étrangère qui guide, même dans les ténèbres.
Ma tragédie est donc celle de l’incomplétude, du manque, mais c’est aussi celle de la renaissance à travers le vide. Il n’y a pas de fin, seulement des cycles d’effondrement et de reconstruction, et je trouve, dans ces cycles, la matière première de mon art.
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