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Notice intellectuelle
DQ, héros-librettiste du 21e siècle, au sujet de La fois où j’ai mis deux poèmes en stand-by, (2024)
Ce poème se présente comme un arrêt volontaire du geste créatif — non pas une panne, mais une suspension consciente. Mettre deux poèmes « en stand-by » n’est pas ici un aveu d’échec : c’est la reconnaissance d’un état où la création continue de parler, même lorsqu’elle n’a plus rien de neuf à dire. Le texte s’installe dans ce moment précis, fragile, où l’élan n’est plus porté par une nécessité intérieure, mais par l’inertie d’un système de références qui se maintient seul.
La première strophe annonce ce basculement avec une légèreté trompeuse. Le thème ne surgit pas comme une révélation, il est adopté par défaut. Plonger « sans même se pincer le nez » suggère moins le courage que l’abandon à une situation déjà saturée : on sait que l’eau est trouble, mais on y entre quand même. Le poème se donne ainsi comme un acte de survie symbolique plutôt que comme une conquête esthétique.
La suite développe une conscience encombrée, saturée de critiques et de tristesses, face auxquelles le sujet se « rebuffe » en empruntant des images de solidité virile héritées du rock. Ces références — rollin’ on the river, l’impossibilité de smoke it — ne fonctionnent pas comme des symboles actifs, mais comme des boucles culturelles rassurantes. Le rock n’est plus ici une force de rupture : il devient un fond sonore de maintien en activité, une manière de continuer à vouloir quelque chose quand aucun désir véritable ne parvient à s’orienter.
Le « phallus symbolique au cou » cristallise cette impasse. Il ne renvoie pas à un pouvoir exercé, mais à un fardeau hérité, porté machinalement. La longue citation théorique insérée dans le poème agit comme une prothèse discursive : elle explique, justifie, rationalise ce qui ne parvient plus à se transformer en acte créatif. L’erreur est intégrée, non comme accident fécond, mais comme stratégie de continuation.
La chute du poème, volontairement abrupte, désamorce toute prétention à la maîtrise. « Moi, homme blanc, moi avoir des solutions à proposer » est aussitôt annulé. Il ne reste que des refrains, des tounes de Deep Purple, c’est-à-dire des restes culturels disponibles, prêts à meubler le vide. Le sujet ne domine pas, il persiste. Il ne crée pas, il maintient.
Dans cette perspective, La fois où j’ai mis deux poèmes en stand-by ne propose ni confession ni autocritique morale. Le poème agit plutôt comme un diagnostic calme : celui d’une subjectivité post-créative, consciente de ses automatismes, mais incapable — ou refusant — de les dépasser par une nouvelle forme de résolution. Ce qui est donné à voir, ce n’est pas la toxicité masculine blanche comme identité, mais comme régime de parole résiduel : une voix qui continue de parler parce qu’elle ne sait pas encore comment se taire autrement que par le recyclage de ses propres mythologies.
Le poème s’inscrit ainsi pleinement dans une esthétique du jour d’après : un espace où l’on ne reconstruit pas encore, où l’on observe les débris symboliques qui tiennent encore debout, et où la lucidité consiste peut-être simplement à reconnaître que, pour l’instant, survivre culturellement passe par le bruit de fond.
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Daniel Quimper, La fois où j’ai mis deux poèmes en stand-by (2024) — poème
La fois où j’ai mis deux poèmes en stand-by
et puis, je me suis dis: tiens, c’est mon thème
aujourd’hui, je plonge sans même me pincer le nez.
Que de critiques, de tristesses, ma conscience à pour me gâter
Alors que je me rebuffe, solide comme du rock à attendre ma chance
de roll it on the river, baby, à défaut de pouvoir le smoke it,
un symbolique phallique au cou : « Il s’agit presque d’une mémoire défaillante devenue intentionnelle, un procédé littéraire qui permet d’intégrer l’erreur comme partie intégrante de l’exploration. »
Moi, homme blanc, moi avoir des solutions à proposer.
Ben non. Moi avoir des tounes de Deep Purple dans la tête.
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