Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après

VULGATE SYNOPTIQUE

   DRAMATUGIE LYRIQUE DU PREMIER ACTE D'UN OPÉRA IDÉÉ POUR EN AVOIR DEUX.

   AUTOMNE 2025, (c) Daniel Quimper, héros-librettiste.

depuis la scène 1...

NÉCROMANCIE: Où le héros-librettiste s’adonne à un théâtre nécromantique, entre convocation des morts et gestes de mise en scène souterraine.

Héros-librettiste, ténor

*Faces et paumes !*
aria pour ténor

J'enfonce mes mains
dans la terre noire
du jardin et y fouille

des scarabées d'or
grésillent de mes mains
faces et paumes
L’Égypte est bien loin
On dit qu'ils sont bêtes à manger du foin
Ceux qui choisissent le désert
pour se rendre là-bas...

Sur elles, faces et paumes !
empreintes visibles (d'autant) d'emprises maniaques !
des morts en sommeil qui devancent le jour.

Je frappe en montre suisse
Mon crâne sur une géologie
Oui, mon os est une pioche
qui fouille la mine et ces pépites
d'or, chaudes, ardentes, brûlantes :
Qui peut bien se conduire prisonnier...
d'un tel théâtre ?

(Sur elles,) faces et paumes !
d'autres empreintes visibles, d'emprises maniaques
des morts en sommeil qui devancent toujours la vie.

J'agonise aussi l'orbite de mes yeux...
à rêver d'un océan, si grand
fût-il fait de glaces noires coupantes,
mortelles
laisse ces vagues me conduire à toi
presser mes lèvres sur les tiennes faites
de marbre, de chairs et de sangs
aussi bleus que roses
J'agonise du besoin de tes promesses
J'ai besoin aussi de tes magies

Face et paume !
Chairs et sangs !
les empreintes visibles, d'emprises maniaques
des morts en sommeil et de ton pouvoir, immense,
Face et paume !
Bleus et roses !
Ma destinée, maintenant si grande
que je me laisse transporter
ma foi n'est pas aveugle, elle est dorénavant sacrée
laisse tant d'empreintes visibles de ton emprise
sur moi.

(Continuez héros-librettiste, ténor), sur une modalité récitative, déclamatoire: le héros-librettiste s'adresse maintenant plus spécifiquement à un public.

OUI, qu’on me traîne jusqu’à elle,
vents pourris, marées de pacotille —
c’est l’enfant du sol
qu’on gave d’un destin gonflé comme un ballon percé.

C’est en votre pouvoir, et c’est immense.

(Continuez héros-librettiste, ténor), plus hargneux, maintenant qu'il s'adresse au soleil (l'astre travesti).

Va au diable, astre travesti,
disque sale, scie tournoyante des destins creux,
des destins vendus comme vérités d’occasion.

Érodeur de merde !
Vent de sable rance,
tu passes ta poussière au comptoir du monde,
tu la refiles, paquet brun, aux innocents imbéciles.

C’est en votre pouvoir, et c’est immense.

C'est en votre pouvoir, et c'est immense : faites, maintenant -... passer le sacré sur moi, sur cette scène... ici, maintenant, sur cette scène !

On entend (*):
« L'obscénité ! »

* on peut substituer cette idée, par celle d’un clown (dit "le gueux") qui interviendrait physiquement sur scène pour “déclarer” le mot: « L’obscénité ! »

  Dans l'univers de Tout l'océan sur un riblet, le soleil est considéré par certains comme un astre travesti, parce qu'il fait s'éroder tout un chacun au même rythme de ses lumières, privant les uns et les autres de "destins grands" et les forçant à accepter des "miettes de destinées" ou de la poussière de destin comme d'opulentes offrandes dont les enfants des sols devraient être heureux de pouvoir se gaver.

« la victime consciente d’un rituel, qui guide le public dans la dissolution du sort. »  














Image arrêtée du film de cinéma extrême, A Serbian movie, (Srdjan Spasojevic, 2010). C'est Srdjan Todorovic, dans le rôle de Milos que l'on peut percevoir dans le miroir. L'image est négligemment encadré par un vieux cadre de bois virtuel.



Parce que avant je n'étais pas une artiste.

J'étais une transposition sociale du désir d'un autre artiste.

Sinon, l'être humain, homme et femme confondu, n'a pas beaucoup de choix par rapport à l'existence... créer une famille, ou éventuellement produire quelque chose d'artistique.

Extraits / citations d'une entrevue avec Muriel Moreno (Niagara). Sur Youtube : "Je n'aimais pas le succès" Muriel Moreno chez Mireille Dumas.

À gauche de l'image arrêtée, un extrait du poème intitulé Pogné dans gueule de Muriel, (DQ, héros-librettiste du 21 siècle). Le poème établit un lien entre être possédé (comme par une force surnaturelle) - le héros-librettiste est transporté par une gueule de requin dans cet univers, ie. l'univers de Tout l'océan sur un riblet - et être soumis à la chanson et aux soutiens visuels du vidéoclip J'ai vu de Niagara.

Plus: Page-Zine-Toxik

depuis la scène 2...

VOYAGE: Où, porté par les flots, il rencontre les autres figures sur les rivages du nouveau continent.

Délire de fin du monde, basse
Oh ! Je le vois !
Il est là, regarde -
il vient !

Entraille de la terre, baryton
Je le vois moi aussi
C’est la gueule d'un requin qui lui sert d'embarcation

Amérique insouciante, soprano
Je me souviens d'un temps
où il exigeait que je déchire les louanges
préparées à son effet
alors là-même que je m'apprêtais à les chanter.

Il nécessitait,
disait-il, qu'elles soient
sciées...
sciées, les louanges que j'avais préparé (pour lui)…

Héros-librettiste, ténor
Sortez l'objet de grivoiseries !
Qu’on le sorte ! Les filles aimeront ça !

Héros-librettiste, ténor

*Coffre et malle !*
aria pour ténor

Moi, je veux vivre —
Aussi bien, en mourir

Tout, tout près de toi.

Cet endroit où je me trouve
n’est plus rien de ce monde.

Oh non !
Notre monde n’est pas une cage.
Dans des coffres et des malles on range des jouets.

Mais mon coeur — seul…
Mon sang: privé de possibilité.

Dans cette pièce isolée,
prison de bois, cage de fer,
d’acier, oubliée,

Sans pouvoir atteindre l’objet de ton esprit.

Sac à jouets — Mortifère.

Donjon sans fin, je suis venu pour rien.

Sans toi ! Fou à lier ! Ma folie même s’abstient de te rêver !
Fou à lier.
Non, je ne sèmerai rien ici;
Qu’un coffre, qu’une malle.

Sac à os !
Camaraderie sexuée, objet de plaisirs, grivoiseries,
désirs.

Coffre et malles…

Moi, je veux vivre -
aussi bien, en mourir
tout, tout près de toi.

Amérique insouciante, soprano
Il pleut des os —
par-dessus ton épaule,
il pleut des os.

Le héros-librettiste se retourne pour considérer la matérialité de cette « pluie d’os » ; puis reprend son chemin vers Amérique insouciante, qui lui ouvre un chemin les éloignant de la plage.

Héros-librettiste, ténor
Jeune première,
je ne doute pas de la qualité de vos manèges,
mais ce que je voulais vraiment,
c’est l’intitulé « Tous les océans sur un seul riblet. »
C’est un sacrifice que j’ai fait pour l’art,
pour la poésie, d’accepter l’intitulé « Tout l’océan sur un riblet. »
C’est ma foi artistique qui m’a guidé jusqu’à vous ;
la trahir maintenant serait un non-sens.
Je suis déjà votre prisonnier,
belle pourvoyeuse de magies.

Amérique insouciante, soprano
Tous les sucres
de tous les fruits gras,
tous les miels et
tous les laits du monde,
sans que personne,
— ni même tes pires avaries de courage —
ne puisse jamais
ni réduire,
ni vider de son sens toutes les matières qui parviennent jusqu’à ton œuvre.
Depuis rien,
jusqu’à toi !
Ma belle bouche...

Héros-librettiste, ténor
En voilà un fruit gras —
la bouche, sa langue :
rose ! rouge ! dramatique !

Amérique insouciante, soprano
Ma belle bouche pour fabriquer toutes
les promesses,
toutes les promesses dont tu as tellement besoin.

Héros-librettiste, ténor
Dont j’ai besoin !
Dont je nécessite !
Tant de stigmates que l’histoire doit se faire,
qu’elle-même doit s’écrire d’elle-même
dans la chair du destin,
sans secours extérieur —
aucun, ni même pas le rêve.

Amérique insouciante, soprano
Ma belle bouche,
la scène, le corps, le continent
que tu souhaitais, que tu rêvais.

Héros-librettiste, ténor
Que je nécessitais,
que je nécessitais,
dont j’avais besoin.

Amérique insouciante, soprano
Depuis rien,
jusqu’à toi.

Héros-librettiste, ténor
Non, ceci n’est pas un accident de bateau.

Héros-librettiste et Amérique insouciante
Non, ce n’était pas un accident de bateau.

Amérique insouciante, soprano
La fabrique de toutes les promesses —
par l’entremise d’une seule et même belle bouche.

   




Damien Hirst, Death Denied, 2008, glass, steel, shark, acrylic and formadehyde solution, PinchukArtCentre, Kiev, Ukraine. Agent001, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Image arrêtée tirée du documentaire Moments like this never last (Cheryl Dunn, 2020). Sur l'image, l'artiste Dash Snow (1981-2009) se présente comme une oeuvre d'art, avec une version manuscrite de la liste des matériaux utilisés dans sa fabrication.




Scène 3 (dite, la scène 3-étendue de la Vulgate synoptique)


3. Jardins Où Amérique insouciante le guide à travers les terres neuves jusqu’à l’encre tout-or, substance précieuse et fondatrice.

Première partie: Les herbes

couplet no 1

SOPRANO
Suis-moi,
allez, suis-moi, vite !
Tous ces mystères
seront bientôt moins que poussière.
Ils se pulvériseront devant tes yeux...
Paroles de magicienne !

Couplet no 2
TÉNOR
Elles sont si longues, si vertes...
Elles sont lourdes – si opaques...

TÉNOR / SOPRANO
Les herbes !
Ces herbes, quoi !

Couplet no 3
SOPRANO
Si lourdes, si longues –
même l’astre travesti ne peut frayer sous elles,
fomenter
et corrompre le tapis de nos pas,
la voix de notre chemin,
réduire à miettes
la portée de notre destin.
Il voudrait –
il s’y casserait la nuque.
Permettez, gentilhomme,
que je vous montre le chemin.
C’est moi, aujourd’hui,
qui fais la révérence.
Allez, suis-moi :
tous ces mystères, bientôt,
tourneront magie,
se feront tous magies.
(Crois-moi...)

TÉNOR
Oh, mais je vous crois.
Je vous suis,
bien aimable magicienne.

Deuxième partie: Végétaux

couplet no 4

TÉNOR
Avec un de ces végétaux
placé sur la tête,
le soleil n’aurait plus moyen de nous éroder.

SOPRANO
Essaie voir !

TÉNOR
Regarde : ils suintent !
Les végétaux suintent !

SOPRANO
Oh, les herbes vertes sont longues,
et maintenant trop humides.
Tant de sacrifices pour qu’ils croissent...
Des sols, comme des vents de destinées
s’échappent.
Regarde ! Là-bas –
ce sont des oiseaux qui chantent.
Allons-y ! Viens.

Couplet no 5

TÉNOR
N’as-tu jamais peur que les oiseaux puissent être des mensonges ?
Que leur liberté soit une illusion perverse ?
Qu’il suffirait qu’ils cessent de mentir
pour qu’on les voie s’effriter
sous l’effet des ongles de l’astre maudit,
par-dessus-dessous son parapluie de mensonges ?

SOPRANO
Les herbes, ces végétaux, ces sols, le ciel même –
je les ai, pour toujours,
dans le creux de la main.
Si mes pieds me portent,
je me balade avec elles.
Ces herbes sont une danse.
Le gras de ces végétaux : du miel.

TÉNOR
Des miettes de destin, quelque part,
continuent de tomber
sur des têtes d’affamés.
Il voudrait, ces moineaux,
faire d’eux de nous
des désespérés.
Ce travesti ne ferait pas autrement.
Moineaux, corbeaux, charognards !
Tant de larves servies comme buffet d’opulences
à des vagabonds qui s’en vont en mourir,
en croyant chanter :
« Nous sommes vivants ! »
Bel et bien vivants... pourtant.



Amérique insouciante, soprano

*Tais-toi, regarde le sol, ma main*
aria pour soprano

Couplet no 6

SOPRANO
Regarde : le sol.
Ma main.
Cuirs en haut – maintenant.
Les violences du Christ –
face en bas :
le viol de Marie,
Marie, mère de Dieu.

Allons, maintenant, suis-moi.
Tais-toi.
Le miel et la magie sont à deux pas.

Face en haut :
violences du Christ.
Face en bas :
viol de Marie.

Deux autres pas.
Nous y sommes presque.
Suis-moi :

Face en haut : les pluies de Dieu !
Face en bas : le viol de Danaé.
Violences troubles sur tous ces jardins
aux visages… pourtant tellement anonymes.
Des schismes, des masques qui tombent,
des têtes qui roulent.

TÉNOR
Quelle belle fille...

SOPRANO
Allez –
face en haut,
des pluies et des pluies de miettes.

Couplet no 7

SOPRANO
Tu ne dis plus rien ?
N’as-tu plus de peurs à regarder ?
N’y a-t-il déjà plus de mystères
à percer ?

TÉNOR
Comme les enfants du sol
apprennent à faire pousser :
des botaniques,
des martyrs,
et des arts.

Qu’ici pousse
la plus grande, la plus belle culture –
tout autour de toi !

Tiens – ici,
par-dessus-dessous ta main.
Tes mains.
Ton visage – tu bouges.
Tu es belle. Quelle vie tu as !
Quel brave air tu as !

SOPRANO
Laisse tes yeux continuer de me regarder,
et refuse qu’ils se taisent.
Laisse-les dire ce qu’ils voient –
qu’ils chantent,
s’ils doivent ainsi dicter en expressions
le rêve qu’ils aperçoivent.

Laisse-les deviner la passion
qui t’anime –
et laisse celle-ci te souffler,
comme la fois pour toute.
La fois pour toutes les autres.

Essaie voir.


Héros-librettiste, ténor; Amérique insouciante, soprano

*Pisse chérie*
duo pour ténor et soprano

Couplet no 8

TÉNOR
Oh –
Pisse chérie !
Pisse chérie...
Urine, ma toute belle.
Ici...
et puis là.
D’accord ?

SOPRANO
Ici et là ?

TÉNOR
Ici et là.
Là...
et là.
Et encore là –
et puis là !

Oh – juste ici !
Et je me fais prisonnier.
Veux-tu de moi ?
À jamais.

SOPRANO
Ce sera l’encre tout-or.
Ton plumeau écrira
toutes les notes,
toutes les louanges
que nous nous promettons,
toi et moi.

TÉNOR
Ce sera un grand opéra.
Le souhaites-tu pour toi ?

...

Oh –
j’ai si honte de te l’avoir demandé.

Ce sera notre grand opéra.
Merveilleux.

SOPRANO
Merveilleux,
comme ce continent,
ces oiseaux,
ces menhirs,
et ses autres préhistoires.

TÉNOR
Merveilleux –
mais plus libre que les oiseaux.
Des végétaux denses,
des fruits lourds –
de nouveaux miels,
et un nouveau lait du monde,
mon amour.

SOPRANO
Mon amour...

Couplet no 9 – OUTRO

scène 3, dite "étendue"

SOPRANO
Mon amour...
...
Mon amour ?
Comment ai-je pu me retrouver si seule ?

Certainement a-t-il mandaté l’un d’entre vous, n’est-ce pas ?
Certainement, vous vous apprêtez à ranimer la rage
et la faire reprendre là où il nous a abandonnés ?
Certainement ne m’a-t-il pas laissée ici, sans rien ?

BARYTON
Si je dois croire ce que je pense,
alors tu as pris sa place.

TÉNOR
Je ne devais pas influencer le sacré.
Les dragons sont trop précieux
pour qu’on y brise nos yeux.
Et l’imposition de mes mains
n’aurait rien changé.

Tout allait pour le mieux.
Tout allait, enfin, pour le mieux.

SOPRANO
Suis-je supposée me tirer d’un souffle
et rallumer ce qu’il a éteint ?
N’a-t-il pas pensé un peu à moi,
avant de me laisser seule ici ?

BARYTON
Je sais qu’il a marché beaucoup de tourbillons –

BASSE
Ce que vous appelez peut-être
des manèges de l’esprit...
Mademoiselle.

BARYTON
Je sais aussi
qu’il a lâché un grand cri.

SOPRANO
Retournons sur la plage.
Là-bas,
nous pourrons ranimer la rage tout autour de nous –
quitte à devoir la fuir après coup.

   



























vers la scène 5

depuis la scène 4...

GUERRE: Où leur connivence les mène à accepter la fétichisation de la matière vivante, au seuil d’un pacte ambigu.

Héros-librettiste, ténor
Si j’avais composé l’opéra là-bas,
je l’aurais intitulé "Ton bas-ventre et mes branchies".

Entraille de la Terre, baryton
Mais —
si je peux me permettre, héros —
cela n’aurait-il pas été très bien ainsi ?
Tout près de la mine de charbon,
votre main aurait participé à la gemme même
des sols de tous les mondes
et de toutes les mers confondues !

Amérique insouciante, soprano
Et il ferait quoi, notre héros,
avec un champ de maïs,
quand c’est une coupe de champagne
qu’il réclame !

Héros-librettiste, ténor
Quelle belle fille…

Amérique insouciante, soprano
C’est à moi que tu parles ?
Qu’est-ce que tu dis ?

Héros-librettiste, ténor
Tu es le miel bleu :
le fruit de la grappe mis en bulles
pour que celles qui ont les jambes trop longues
se transforment en méduses —
avec leurs enjambées trop grandes.
Tu es la possibilité même de destins larges,
de destinées magnifiées.
Pourvoie-moi encore un peu de tes magies —
peux-tu créer un socle sous mes pieds ?
Non — sous mon buste, plutôt.
Regarde : cette attitude…
te convient-elle ?
Dis-moi ce que tu en penses !

Héros-librettiste, ténor — s’adressant au public
Adieu ! Adieu, belles Espagnoles —
Ou bien :
Ce n’est pas un accident de bateau…
Non ! — ce n’est pas un accident de bateau !

Amérique insouciante, soprano
Clairement : c’est le monstre à sept têtes.

Héros-librettiste et Amérique insouciante
Ce n’était pas un accident de bateau…

Entraille de la Terre, baryton
Je la connais —
la teneur de la trahison.
Et je la terre.
Je connais la teneur de la vérité,
et je ne fais que la dire
et la répéter.

Amérique insouciante, soprano
Rien n’a jamais été frappé
depuis ta citadelle :
pas un seul écu,
pas un seul crime,
pas un seul couteau.

Héros-librettiste, ténor
Attends —
ne pars pas si vite, ami.
On dit qu’ils sont bêtes à manger du foin…
ceux qui vont à Gizeh.

Entraille de la Terre, baryton
À Gizeh,
un jour tu iras.
(oui !)

Héros-librettiste, ténor
(oui…)
Un jour j’irai,
et je ramènerai tous leurs trésors,
tous leurs mystères,
sur une seule
de mes épaules.

Entraille de la Terre, baryton
Pas nous !

Entraille de la Terre et Héros-librettiste
Nous —
nous sommes du moule à laisser le ciel
venir se fracasser contre notre os !!!

Entraille de la Terre, baryton — quittant côté jardin
Et se fendre
en milliers de morceaux,
et mille et un morceaux encore !

Amérique insouciante, soprano — pointant côté cour
Viens !
Allons fracasser nos crânes
sur les menhirs qui sont là-bas !

Héros-librettiste, ténor — laissé seul
Oui… belles dames espagnoles…
Mon excellence
m’avait mené, cette fois-ci,
à enfermer — prisonnier — un souvenir
dont je ne pouvais même plus revisiter
ni les tenants
ni les aboutissants.

Le destrier fait d’os
pour parcourir la cité,
et les champs,
à n’en plus finir, non plus de maïs :

Mais faits plutôt de bulles,
et de grappes et de transparent !
Champagne, voilà !

Champagne !
Champagne pour tous — pour toutes !
À votre santé,
les belles…




   






depuis la scène 5...

TRAGÉDIE: Où, par fidélité à Amérique insouciante, le héros-librettiste commet une première défection...

Héros-librettiste, ténor
Ici… ici… et ici
que le sol s’ouvre : je me ferai médium.
Déjà, là — oui —
je sens le sacré me frapper à travers toi.

Amérique insouciante, soprano
As-tu seulement la bonne foi ?
Tu marches avec la mauvaise — à chaque pas.

Héros-librettiste, ténor
Le doute, pourtant… le doute est bon :
il inscrit les vivants dans l’ordre du vivant,
depuis les gestes des enfants des sols,
depuis leurs souffles jetés dans la poussière,
jusqu’aux destins grands, —
les seuls que les astres reconnaissent.
Attends.
Attends.
Je ne me déclarerai pas mensonge.

Amérique insouciante, soprano
Tu n’auras pas à le faire.
Tu es déjà un pur produit de mon imagination.

Héros-librettiste, ténor
… si c’est ainsi que tu veux me faire naître…

Amérique insouciante, soprano
Charles Manson, lui, ne se poserait pas tant de questions.

Héros-librettiste, ténor
Je te hais de croire que je pourrais
te réduire à un animal de cirque —
toi !

Amérique insouciante, soprano
Qui a besoin d’un autre Alban Berg ?
Qui réclame encore un Jack l’Éventreur ?
Ici — maintenant — tout est immense,
et tout est dans ton pouvoir.

Héros-librettiste, ténor
Alors dis-moi :
c’était l’art du socle que tu pratiquais,
ou celui du buste,
quand tu as posé ces mots contre moi ?

Tu es le monumental qui sauve.
Tu es la hantise orpheline —
la magnifique —
dépourvue de rage, de haine,
libre même des cicatrices que les ravages
ont laissées pour que demain devienne —

Sur elles — faces et paumes !

— devienne et résonne l’ordre du vivant :
les sangs, les chairs, remis sur pied,
les enfants des sols élevant leurs gestes, grands,
en direction du soleil et des astres travestis,
géôliers des destins petits,
miettes de vies poussées par je ne sais quel maniaque
qui croit que les excréments peuvent être
des ressorts d’opulence.

Sur elles — faces et paumes !
Empreintes visibles d’emprises maniaques,
morts en sommeil qui devancent le jour.

Un silence. Le héros-librettiste s’approche d’elle.

Héros-librettiste, ténor
Tu es ce que je n’aurai jamais su inventer.

Amérique insouciante, soprano
Je sais.
Elle ouvre les mains. Il penche la tête.
Le rideau commence à descendre.
Fin : il la mange.



   


EN ATTENDANT LES SCÈNES 6 À 10 ET LES MUSIQUES QUI VONT AVEC CETTE DRAMATURGIE...
§

Coups de folie, je pleure…
Zoumies ! Seigneur !
Chhhh-oir comme une fleur
D’une espèce qui mord
(puis) Bondir, - Bondir
jusqu’aux pieds des pénitents
Pllluuiii-e ! Le cœur battant,
bats la pierre, bats le vent
Laisse-moi chh--oir comme une feuille
depuis le néant !
Jusqu’aux pieds des pénitents
M'asseoir carré sur leurs chemins
Avec leurs âmes, une après l’autre
me nourrir l’appétit du ventre.
---- Et les échos dans ma cervelle,
Folies, zoumies, Seigneur, bondir, bondir depuis la sa-va-ne !
---- Emprunte et pille, emprunte, emprunte avec tes doigts sur ma dentelle !
Emprunte, vol, pille, soulage… emprunte, vol, pille, soulage - la cité mortifère,
- Ahhhh! Soulage de glace, de glace… ma coquille de glace: Vivant ?
Vivant ! Où es-tu ?
Espèce qui mord, qui es-tu ?
Coquille vide, pétrifiée, anéantie - disparais ! Disparais !

Mordre, mordre - jouvence et dentelles, là là - là
Dans l’éther, comme dans la chair
Depuis ma savane tout----ttt-e physique !
Tordre les âmes des pénitents
En faire mon sang, une après l’autre: mon cœur !

Bizous !

Seigneur ! Leurs âmes, mon cœur.
Toute légère depuis l’entraille naissante
Depuis ma savane tout-ttt-e physique !
Mordre, mordre, mordre et remordre !
Dans l’éther et dans la chair !
Laisse-moi déverser la jungle et la savane
Sur les pieds des paysans
Sur les pas des méchants
Sur le cœur des miséreux.
Sur… les pieds des pénitents…

Laisse-moi choir, comme une fleur
Laisse-moi choir, comme une feuille
battue, encore, par le vent.

§

Sur… la glace de l’arctique
Sur… le béton de la cité -, é, é
Il faut être prudente, de si belles jambes on en à que deux !
---- En dentelles,
en talons,
En talons - ou avec mes cothurnes, tiens !
Sur… le charbon, sur la tendre rosée, dans la fontaine, jouvence, je crève Seigneur !
----- Emprunte, vol, pille…