Tout l'océan sur un riblet

À l'aube du nouveau continent : l'opéra du jour d'après


Appel et prédation

« Je crois que l’artiste, tout comme la victime face à un prédateur, oscille entre la résistance et la soumission à ces forces. La création est un acte instinctif, une réponse à des influences extérieures qui ne peuvent être entièrement contrôlées. Parfois, il faut être en hypervigilance face aux dangers (comme le requin), et parfois, il faut accepter de se soumettre à ces forces (comme le crocodile), pour comprendre comment elles affectent notre art. »


« Dans *Tout l’océan sur un riblet*, cet appel prend la forme de la gueule du requin blanc, figure du vagin denté et de la menace primordiale. Mais lorsqu’on aborde non plus l’œuvre elle-même, mais la démarche artistique, il peut être fécond d’introduire une autre image : celle de la *décapitation du placenta*. Il s’agit d’une coupure avec mère-nature, remplacée par mère-culture, sans pour autant anéantir l’appel de la nature. Ce dernier demeure, comme une voix qui rappelle que nous sommes issus de la chair et du sol, et que nous y retournerons. »



Quelques entrées fondamentales :




  • Prédation et création artistique dans l'œuvre de Daniel Quimper

  • Matière, Violence, et Transcendance : une Exploration Métaphysique de la Réalité

  • La Liberté Intellectuelle, l’Autophagie et l’Œuvre Vivante

  • Exploration: les violences du monde

  • L’objet d'Annie : une fiche conceptuelle

  • Propos sur l'art: "Participes et Actualisation" | *** | Le pouvoir, la beauté et la dissolution de l'espace mental | ***





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DQ, été 2025.


« L'objet esthétique est une bête fabuleuse, dotée d'une gueule capable d’attirer, de saisir, de digérer le regard. L’art devient un lieu de captation active, une structure vivante qui agit sur celui qui la contemple, à la manière d’un piège mythologique. »

Il arrive que l’appel ne prenne pas la forme d’une voix, ni d’un besoin reconnaissable. Il précède toute adresse. Il n’est pas une vocation, mais un frémissement. Ce n’est pas la forêt qui appelle, ni le ciel, ni même l’intérieur de soi — mais un dehors sans lieu, sans direction fixe, qui se tend à travers le corps comme une membrane sensible. Une tension d’avant la pensée. Quelque chose veut advenir, sans promettre de sens.

Cet appel ne dicte rien. Il n’éclaire pas. Il s’insinue dans le dos, comme un souffle dans le cou, parfois si proche qu’on croit y lire un signe, une figure, un début. On voudrait qu’il nous désigne une route, mais il ne donne que ce vertige initial : se tourner vers, avancer sans savoir, créer peut-être, ou résister à la dissolution.

Il y a, en contrepoint, une autre force — plus franche, plus déchiffrable : la prédation. Elle ne demande pas à être comprise. Elle agit. Elle mord. Elle prend. Dans le monde du vivant, elle est structure ; dans le monde des formes, elle devient parfois langage. C’est la gueule du requin, c’est la morsure de l’opéra quand il arrête le souffle. C’est le regard de celle qui ravit, ou de celui qui s’efface.

Créer, c’est parfois accepter d’entrer dans cette gueule, ou d’en fabriquer une. L’objet esthétique, figé mais parlant, retient cette tension. Il se pose là — entre appel et prédation — comme un seuil ou un piège. Il arrête le mouvement, mais contient encore le tumulte. Il donne une forme au ravissement, sans l’éteindre. Peut-être est-ce là sa nécessité : garder, dans son immobilité même, quelque chose de l’effroi initial.

Ce portail rassemble des textes, des fragments, des titres qui ont tous été saisis à même ce territoire instable. Rien ici ne se propose comme réponse. Ce sont plutôt des figures levées dans le vent, des gestes posés sur le fil du sol. Tous portent une trace d’arrachement : à la biologie, aux récits imposés, aux structures visibles. Tous cherchent à inscrire quelque chose dans l’ordre culturel — non par déni de la nature, mais pour survivre à son étreinte, au retour programmé au sol.

Chaque titre, dans la colonne de gauche, est un éclat. Il a été nommé, arrêté, suspendu. Mais il continue de vibrer. Ce qui s’ouvre ici n’est pas une collection, ni un aboutissement. C’est une tentative : de maintenir ensemble l’appel et la prédation, sans les réduire.

Car l’appel revient. La prédation aussi. Et entre les deux, nous faisons ce que nous pouvons.